ATMO-INDEX
317 ARTICLES PUBLIÉS924 SOURCES PRIMAIRES CITÉESÉNERGIE EN TÊTE : 196 ARTICLESDERNIÈRE SYNTHÈSE : 24 octobreSYNTHÈSE HEBDO CHAQUE DIMANCHE — S'ABONNER317 ARTICLES PUBLIÉS924 SOURCES PRIMAIRES CITÉESÉNERGIE EN TÊTE : 196 ARTICLESDERNIÈRE SYNTHÈSE : 24 octobreSYNTHÈSE HEBDO CHAQUE DIMANCHE — S'ABONNER

Agios Efstratios : l'île grecque qui produit 91 % de son électricité avec le vent, le soleil et des batteries

Isolée en mer Égée, l'île grecque d'Agios Efstratios (environ 250 habitants) tire désormais 91 % de son électricité de sources renouvelables, grâce à une éolienne de 900 kW, une centrale solaire d'environ 225 kWc et une batterie de 2,56 MWh. Financé à 85 % par la politique de cohésion de l'UE, ce projet de 7,23 millions d'euros évite environ 1 000 tonnes de CO₂ par an. Le gestionnaire de réseau grec a mesuré jusqu'à 98 % de renouvelables sur certains mois du printemps 2026. Un modèle observé de près en Europe, où des dizaines d'îles non interconnectées dépendent encore du diesel.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
••Lecture: 4 min
Partager
XINWA
windmill near body of water during daytime
ÉnergiePhoto d'illustration : Efe Kurnaz /Unsplash

Les îles qui ne sont pas reliées au réseau continental restent l'un des angles morts de la transition énergétique européenne : leur électricité est souvent produite par des centrales thermiques alimentées en carburant importé, à un coût élevé et avec une empreinte carbone lourde. En mer Égée, la petite île volcanique d'Agios Efstratios, aussi appelée Ai Stratis, vient de montrer qu'une autre trajectoire est possible. Avec environ 250 habitants, elle produit désormais 91 % de son électricité à partir de sources renouvelables, selon Euronews, ce qui permet d'éviter environ 1 000 tonnes de CO₂ par an.

Un système hybride : vent, soleil, batterie et chaleur

Le projet « Ai Stratis – Green Island » repose sur une centrale hybride. Son cœur est une éolienne de 900 kW, haute de 77 mètres et pesant près de 30 tonnes, installée au point le plus élevé de l'île. Elle est complétée par une centrale photovoltaïque d'environ 225 kWc (226,8 kWc selon les données techniques publiées) et par un système de stockage lithium-ion de 2,56 MWh pour 1,28 MW de puissance, qui absorbe les surplus et les restitue lors des creux de production.

Une particularité distingue cette installation d'un simple parc solaire avec batterie : un réseau de chaleur. En hiver, l'électricité excédentaire sert à chauffer de l'eau, stockée dans quatre réservoirs totalisant 500 m³. Cette réserve thermique de moyen terme joue le rôle de tampon supplémentaire pour l'équilibre du réseau et fournit du chauffage aux habitants, qui n'ont plus besoin d'une chaudière dans leur logement, selon le témoignage d'une gérante de maison d'hôtes rapporté par Euronews.

Un pilotage automatisé toutes les 20 minutes

La difficulté d'un réseau insulaire est l'absence de voisin pour compenser : production et consommation doivent coïncider à tout instant. Le gestionnaire du réseau grec des îles non interconnectées, HEDNO (Hellenic Electricity Distribution Network Operator), a conçu les procédures et algorithmes d'un programme de dispatching entièrement automatisé, qui recalcule toutes les 20 minutes l'utilisation optimale des unités de production en fonction de la demande et des conditions météo. Il a aussi modernisé les systèmes de supervision SCADA-EMS et piloté la bascule entre l'ancienne centrale thermique et la nouvelle station hybride.

Le calendrier est précis : les essais opérationnels ont débuté en juillet 2025, l'exploitation à pleine échelle en novembre 2025. Entre mars et mai 2026, HEDNO a relevé une part de renouvelables allant jusqu'à 98 % de l'électricité sur base mensuelle. L'écart avec le chiffre de 91 % tient à des périodes de mesure différentes : le premier correspond à des mois favorables, le second à une moyenne plus large.

Financement européen et obstacle réglementaire

Le budget total s'élève à 7,23 millions d'euros, dont 85 % sont financés par la politique de cohésion de l'Union européenne et 15 % par des fonds nationaux grecs. Le projet a été mis en œuvre par le CRES, le centre grec pour les énergies renouvelables, pour le compte de la municipalité, avec le groupe GEK TERNA impliqué sur la partie batterie et chauffage. L'île avait pourtant répondu à un appel du CRES dès 2012 : le système n'a été installé qu'en 2024, ce qui illustre la lenteur de ce type de chantier.

Selon Euronews, le plus grand obstacle n'a pas été technique mais réglementaire : le cadre grec de l'énergie, conçu de façon générale, ne prévoyait pas un système aux particularités aussi nombreuses (production hybride, stockage, chaleur). Le chef de projet du CRES cite ce point comme principal défi. Autre difficulté très concrète : le transport, l'assemblage et l'installation de l'éolienne sur une île isolée.

Ce que cela change pour l'Europe

Pour les responsables du projet, la petite taille de l'île en fait un terrain d'expérimentation idéal, sans investissement colossal. Les habitants ne dépendent plus des marchés pétroliers : les tensions géopolitiques sur les prix du carburant n'ont plus d'effet direct sur leur approvisionnement. HEDNO indique que son expérience doit servir à développer des projets similaires sur d'autres îles non interconnectées, et Tilos, Ikaria ou Astypalea sont citées comme suivant la même voie.

Pour un lecteur français ou européen, l'enseignement dépasse la Grèce. Les territoires insulaires de l'UE, des Baléares à la Corse en passant par les outre-mer, partagent la même équation : coûts de production élevés et dépendance aux combustibles importés. Agios Efstratios fournit un cas documenté et chiffré de ce que peut accomplir une microgrid hybride quand le financement européen, un gestionnaire de réseau impliqué et un pilotage logiciel fin sont réunis. Reste à voir si la réglementation saura s'adapter assez vite pour que ces installations se multiplient, sans attendre plus d'une décennie entre l'appel à projets et la mise en service.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

Quiz du jour

Dans la même rubrique

Expansive solar panel farm under a clear blue sky
ÉnergiePhoto d'illustration : Vlad Burac / Unsplash

Solaire au sol : l'appel d'offres tombe à 61,33 €/MWh, un record de baisse qui interroge

La 9e période de l'appel d'offres PPE2 pour les centrales photovoltaïques au sol a retenu 125 projets pour 931 MWc, à un prix moyen pondéré de 61,33 €/MWh. C'est 18,15 €/MWh de moins que lors de la session précédente, soit près de 23 % de baisse après plusieurs années de prix stables autour de 80 €/MWh. Avec 731 dossiers déposés pour 8 341 MWc, la compétition était neuf fois supérieure au volume recherché. Cette chute relance le débat sur la soutenabilité des offres, certains acteurs soupçonnant des stratégies de prix agressives de la part de gros développeurs.

Rédaction AtmoGreen Studio
23 oct. 2026
white number 2 on green background
ÉnergiePhoto d'illustration : Ralph Hutter / Unsplash

Hyundai Ioniq 3 : une compacte électrique à 497 km d'autonomie, pensée pour l'Europe

Hyundai dévoile en France l'Ioniq 3, une compacte électrique conçue pour l'Europe et fabriquée à Izmit, en Turquie. Deux batteries sont proposées : 42,2 kWh pour 344 km et 61 kWh pour 497 km d'autonomie de référence, avec une recharge rapide de 10 à 80 % en une trentaine de minutes. Les tarifs démarrent sous les 30 000 euros, et le modèle est éligible à l'écoscore malgré sa production turque. Le segment des citadines électriques abordables se densifie face aux constructeurs chinois.

Rédaction AtmoGreen Studio
23 oct. 2026
aerial view of trees and farm
ÉnergiePhoto d'illustration : freddie marriage / Unsplash

Urbasolar cède 25 centrales solaires (87 MWc) à Sicae-Oise, un distributeur local

Urbasolar, filiale du suisse Axpo, vend 25 sites photovoltaïques en service totalisant 87 MWc dans l'Hexagone : 15 centrales au sol, 5 toitures et 5 serres agrivoltaïques. Selon GreenUnivers, l'acquéreur est Sicae-Oise, petit distributeur d'électricité de l'Oise, via sa filiale de production. Le portefeuille, quasi neuf, reste exploité et maintenu par Urbasolar. L'opération illustre la rotation d'actifs des développeurs solaires français et l'entrée de distributeurs locaux dans la production renouvelable.

Rédaction AtmoGreen Studio
22 oct. 2026