Fermeture du cycle nucléaire : Nicolas Devictor, ex-pilote des réacteurs de 4e génération au CEA, prend la tête du programme
Le CEA confirme que Nicolas Devictor, longtemps chef du programme « Réacteurs de 4e génération », dirige désormais le programme français de fermeture du cycle du combustible. Décidé lors du Conseil de politique nucléaire du 12 mars 2026, ce chantier vise à se passer de l'importation d'uranium naturel d'ici 2100 en recyclant plutonium et uranium appauvri dans des réacteurs à neutrons rapides. Une phase d'études de quatre ans doit préparer un lancement de construction d'un premier réacteur à l'horizon 2030. Cette nomination met à la tête du projet l'un des spécialistes de la filière qui avait porté ASTRID, abandonné en 2019.
Le programme français de fermeture du cycle du combustible nucléaire a désormais un pilote. Selon GreenUnivers, qui a révélé l'information et obtenu la confirmation du CEA, c'est Nicolas Devictor qui en prend la direction. Le nom n'est pas inconnu de la filière : il a longtemps été chef du programme « Réacteurs de 4e génération » au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives, et il a participé aux études de conception du cœur d'ASTRID, le démonstrateur de réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium dont le développement avait été arrêté en 2019.
Ce choix intervient six mois après le cinquième Conseil de politique nucléaire (CPN), réuni à l'Élysée le 12 mars 2026. Le communiqué de la présidence y confirmait « le lancement d'un nouveau programme ambitieux de fermeture du cycle du combustible nucléaire », ayant vocation à mobiliser l'ensemble des acteurs, des grands industriels à la recherche en passant par les nouveaux entrants. Ce programme est la dernière grande brique de la relance nucléaire engagée depuis 2022, aux côtés des six EPR2 et du programme de renouvellement de l'usine de La Hague.
Recycler plutonium et uranium appauvri pour se passer d'uranium importé
Le principe de la fermeture du cycle est de transformer ce qui est aujourd'hui considéré comme des matières stockées en combustible. Le parc actuel de réacteurs à eau pressurisée n'utilise qu'une faible fraction du potentiel énergétique de l'uranium extrait des mines. Le combustible usé contient du plutonium, et l'enrichissement laisse derrière lui de très importantes quantités d'uranium appauvri, entreposées en France. Des réacteurs à neutrons rapides sont capables d'exploiter ces matières, et de multirecycler le plutonium, là où les réacteurs actuels ne peuvent le faire qu'une fois sous forme de MOX.
C'est ce qui fonde l'objectif affiché par le CPN : les enjeux de long terme d'approvisionnement en uranium justifient de lancer un programme permettant « de se passer de l'importation d'uranium naturel à horizon 2100 ». La France ne possède plus de mine d'uranium en activité sur son sol et dépend entièrement d'importations, notamment du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, de la Namibie ou du Niger, ce qui donne au sujet une dimension de souveraineté énergétique autant que de gestion des matières nucléaires.
Le Conseil reconnaît toutefois que la marche est haute. Comme le résume la Société française d'énergie nucléaire (SFEN) à partir du communiqué officiel, d'importants développements technologiques restent nécessaires pour fabriquer des combustibles à base de plutonium et d'uranium appauvri, maîtriser l'exploitation des réacteurs à neutrons rapides et retraiter ces nouveaux combustibles. L'objectif de fermeture complète du cycle est situé dans la seconde moitié du siècle.
Quatre ans d'études, un premier réacteur envisagé vers 2030
Le calendrier fixé en mars prévoit une phase d'études de quatre ans pour concevoir les installations nécessaires : un réacteur à neutrons rapides et les usines associées de fabrication et de retraitement du combustible, en s'appuyant sur l'expérience française du domaine. À l'issue de cette phase, le CPN a décidé d'« envisager, à l'horizon 2030, le lancement de la construction d'un premier réacteur à neutrons rapides ». La gouvernance repose sur une direction de programme intégrant des représentants du CEA, d'EDF, de Framatome et d'Orano, et le plan de financement devra associer les industriels participants ainsi que des partenariats européens et internationaux.
Le programme s'articule avec « Aval du futur », porté par Orano à La Hague, qui prévoit notamment de nouvelles piscines d'entreposage et une nouvelle usine de fabrication de combustible recyclé opérationnelle vers 2040. Ces infrastructures de traitement-recyclage constituent la base industrielle sans laquelle un parc de réacteurs à neutrons rapides ne pourrait pas fonctionner en cycle fermé.
Renouer avec l'héritage d'ASTRID
La nomination de Nicolas Devictor illustre la volonté de capitaliser sur des compétences qui avaient failli se disperser. La France a exploité Phénix puis Superphénix, avant l'arrêt de ce dernier en 1997, puis avait conçu ASTRID, un démonstrateur de 600 MWe prévu à Marcoule. Son abandon en 2019 avait été vivement critiqué, notamment par un rapport du Sénat consacré à « l'énergie nucléaire du futur et les conséquences de l'abandon du projet de réacteur nucléaire de 4e génération Astrid », qui alertait sur le risque de perte de savoir-faire face à la Russie, la Chine ou l'Inde, déjà dotées de réacteurs rapides en fonctionnement. Les prochains jalons à suivre seront la composition de l'équipe de programme, le choix de la technologie du premier réacteur et le montage financier, attendus au fil de la phase d'études.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.