Onkalo : la Finlande autorise le premier stockage géologique définitif de combustible nucléaire usé au monde
Le gouvernement finlandais a accordé à Posiva l'autorisation d'exploiter Onkalo, dépôt creusé à plus de 400 mètres dans la roche d'Olkiluoto. C'est la première licence d'exploitation au monde pour l'enfouissement définitif de combustible nucléaire usé, valable jusqu'à fin 2070. Aucun conteneur n'est encore descendu : l'autorité de sûreté STUK doit d'abord valider les derniers essais et inspections. Pour l'Europe, et en particulier pour la France et son projet Cigéo, ce feu vert fait figure de précédent industriel et réglementaire.
La Finlande vient de franchir une étape que aucun autre pays n'avait atteinte : son gouvernement a délivré à Posiva Oy l'autorisation d'exploiter Onkalo, le dépôt géologique profond destiné à accueillir de façon définitive le combustible nucléaire usé. Selon la presse finlandaise, qui parle d'une première mondiale pour un site de ce type, la décision a été présentée cette semaine. Le dépôt est situé sur l'île d'Olkiluoto, sur la côte ouest, à Eurajoki, à proximité de la centrale exploitée par TVO.
La licence court jusqu'à la fin de 2070. Cet horizon est administratif et non la date de fermeture du site : l'exploitation du dépôt, c'est-à-dire la mise en place des conteneurs, est envisagée sur plusieurs décennies, avant le remblayage des galeries et la fermeture définitive. Selon Enerzine, l'installation vise environ 6 500 tonnes d'uranium, soit de l'ordre de 3 300 conteneurs, issus des réacteurs d'Olkiluoto et de Loviisa.
Un système à barrières multiples dans la roche cristalline
Onkalo repose sur le concept dit KBS-3, développé en Suède et en Finlande. Le combustible usé est placé dans un conteneur en fonte et en cuivre, entouré d'un tampon d'argile bentonite, puis installé dans un trou de forage au sein de galeries creusées à plus de 400 mètres de profondeur dans une roche cristalline stable. Les tunnels sont ensuite remblayés avec de l'argile gonflante. Chaque couche joue un rôle : le cuivre résiste à la corrosion, l'argile limite la circulation de l'eau et retient les radionucléides, la roche assure l'isolement à grande échelle.
Les travaux de creusement ont débuté en 2004 et la licence de construction a été délivrée en novembre 2015. L'objectif de sûreté est d'isoler les déchets de la biosphère pendant des centaines de milliers d'années. L'examen de l'autorité de sûreté STUK a porté sur un horizon d'au moins 100 000 ans, et jusqu'à un million d'années pour certains scénarios.
Pas encore de premier conteneur
L'autorisation gouvernementale ne signifie pas que l'enfouissement commence demain. En août 2026, STUK avait rendu un avis favorable, estimant qu'il n'existe « aucun obstacle » à l'octroi d'une licence d'exploitation du point de vue de la sûreté radiologique et nucléaire. L'autorité doit toutefois encore approuver séparément le démarrage des opérations, après vérification des essais et des tests de mise en service restants sur le site.
Posiva visait une préparation opérationnelle d'ici la fin de 2026, mais aucune date précise n'a été annoncée pour la descente du premier conteneur. Selon le dossier d'instruction, l'autorisation couvre à ce stade le combustible des réacteurs d'Olkiluoto 1 et 2 et de Loviisa 1 et 2 ; le combustible d'Olkiluoto 3 nécessiterait une autorisation distincte, selon des médias finlandais.
Ce que cela signifie pour la France et l'Europe
La décision finlandaise sera suivie de près en France, où le projet Cigéo de stockage géologique à Bure vise à enfouir à environ 500 mètres de profondeur dans l'argile les déchets les plus radioactifs. Les deux sites diffèrent par leur géologie (granite en Finlande, argilite en Meuse/Haute-Marne) et par leur calendrier, mais ils reposent sur la même logique : un stockage passif, sans surveillance humaine nécessaire sur le très long terme.
Onkalo apporte surtout une démonstration de faisabilité réglementaire : un pays a mené jusqu'au bout une procédure d'autorisation complète pour un dépôt de combustible usé, avec le soutien d'une population locale qui accueille depuis des décennies des installations nucléaires. Reste le test décisif, celui de l'exploitation réelle, dont les premiers retours d'expérience seront scrutés par les autres pays européens engagés dans des projets comparables, comme la Suède avec Forsmark.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.