Recharge électrique : en immeuble, l'accès au domicile reste le maillon faible
La France a franchi les 200 000 points de recharge ouverts au public, mais l'accès à la recharge à domicile reste très inégal. Selon les données Insee et Enedis, 85 % des conducteurs de véhicules rechargeables peuvent charger chez eux, contre 43 % en habitat collectif. Le réseau Le Plein plaide pour des solutions de proximité, comme la recharge de destination, tandis que l'équipement des copropriétés progresse mais reste lent.
Le cap des 200 000 points de recharge ouverts au public, désormais franchi en France, pourrait laisser croire que la question de l'infrastructure est réglée. Les chiffres de l'Insee et d'Enedis racontent une histoire plus nuancée : l'essentiel des recharges se fait à domicile, et c'est précisément là que les inégalités sont les plus marquées.
Une fracture entre maisons et immeubles
D'après les données d'Enedis reprises par Enerzine, 85 % des propriétaires de véhicules électriques ou hybrides rechargeables déclarent pouvoir recharger chez eux. Chez les habitants d'immeubles collectifs, ce taux tombe à 43 %, soit un écart de 42 points. Le recensement 2023 de l'Insee éclaire une partie du problème : 33,5 % des résidences principales, soit près de 10,5 millions de logements, ne disposent d'aucune place de stationnement.
Pour ceux qui ont un parking en copropriété, l'équipement reste lent. Toujours selon Enedis, fin 2024, seulement 4,7 % des parkings d'immeubles concernés disposaient d'une infrastructure de recharge collective. Conséquence directe : 36 % des conducteurs vivant en habitat collectif recourent à une borne publique.
Les copropriétés s'équipent, mais le chemin est long
Le baromètre trimestriel de l'Avere-France sur la recharge en résidentiel collectif, publié pour le deuxième trimestre 2026, montre une dynamique réelle. Près de 44 000 copropriétés ont validé un projet d'infrastructure collective, plus de 18 000 immeubles sont équipés, et plus de 44 000 points de recharge individuels ont été installés, soit une hausse de 38 % sur un an.
Ces progrès restent à replacer dans leur contexte : le même document, s'appuyant sur le Cerema, estime à 252 000 le nombre d'immeubles collectifs dotés d'un parking. À ce stade, une minorité d'entre eux est donc équipée, et la décision de copropriété, souvent longue à obtenir, demeure le principal goulet d'étranglement.
La recharge de destination comme réponse de proximité
Le Plein, réseau français de stations-service électriques, estime que la transition vers l'électrique ne devrait pas dépendre de la possession d'un garage. Son directeur général, Julius Dewavrin, appelle à développer des solutions publiques de proximité. Parmi les pistes mises en avant : la recharge de destination, c'est-à-dire des bornes installées dans les supermarchés, les centres commerciaux ou les commerces de proximité, où le véhicule se recharge pendant les courses.
L'approche a une logique simple : transformer un temps d'arrêt existant en temps de recharge, sans exiger de travaux dans un immeuble. Elle ne remplace pas l'équipement des copropriétés, mais elle peut offrir une solution intermédiaire aux ménages qui n'ont ni garage ni place de parking dédiée.
Ce que cela change pour l'adoption de la voiture électrique
Les enquêtes divergent sur la part exacte des recharges effectuées à domicile, avec des chiffres allant de 77 % à 86 % selon les sources et les périmètres. Mais toutes convergent sur un point : la recharge à domicile reste le pilier de l'usage. Environ un Français sur deux vivant en immeuble collectif, l'accès à une prise à proximité du lieu de résidence conditionne directement la capacité d'une large part de la population à franchir le pas de l'électrique.
Autrement dit, le nombre de bornes publiques, aussi spectaculaire soit-il, ne suffit pas à mesurer l'égalité d'accès. Le prochain enjeu se joue dans les parkings d'immeubles et dans les lieux du quotidien, là où se trouvent les conducteurs qui ne peuvent pas brancher leur voiture chez eux.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.