Agrivoltaïsme : le marché français bascule dans une phase plus sélective
Le bureau d'études WattaBase a publié début septembre 2026 sa synthèse du marché photovoltaïque français pour 2025, avec un volet consacré à l'agrivoltaïsme et aux développeurs les plus présents dans les files d'instruction. Les données confirment un basculement : après un quasi-doublement de la puissance installée entre 2021 et 2025 et plus de 1 000 projets recensés l'an dernier, le secteur entre dans une phase de consolidation. Cadre réglementaire durci, saturation du raccordement et suivi renforcé par l'État redéfinissent les conditions de développement. Tour d'horizon d'un marché qui passe de la course foncière à la sélection des dossiers.
L'agrivoltaïsme français a changé de rythme. Le bureau d'études WattaBase, spécialisé dans l'exploitation systématique des avis des missions régionales d'autorité environnementale (MRAE) et des arrêtés préfectoraux, a diffusé début septembre 2026 sa synthèse annuelle du marché photovoltaïque au sol pour 2025. Le travail s'appuie sur plus d'un millier d'avis MRAE et sur des dizaines de milliers de recommandations extraites et classées par enjeu environnemental. Il dresse notamment le portrait des porteurs de projets les plus présents dans les files d'instruction, un indicateur de la dynamique réelle du secteur, bien en amont des mises en service.
Les ordres de grandeur sont désormais bien documentés. La puissance du parc agrivoltaïque a quasiment doublé entre 2021 et 2025, avec plus de 1 000 projets recensés sur le territoire l'an dernier. La France compte plus de 200 parcs en exploitation ou autorisés et près de 2 000 dossiers en cours d'instruction auprès des services de l'État. La répartition géographique calque celle du photovoltaïque au sol : forte concentration en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, relais dans le Centre-Est — Saône-et-Loire, Nièvre, Allier — sur des terres d'élevage. Environ trois parcs sur quatre sont installés sur des exploitations d'élevage, où l'ombrage est bénéfique aux animaux et l'implantation plus simple que sur grandes cultures.
De la course foncière à la sélection des dossiers
Après l'expansion rapide, le marché entre dans une phase de consolidation, analyse le cabinet Xerfi. Trois freins se combinent. Le cadre réglementaire d'abord : la loi d'accélération de la production d'énergies renouvelables (APER) du 10 mars 2023 a donné une définition légale à l'agrivoltaïsme, et le décret du 8 avril 2024 a fixé des garde-fous stricts — taux de couverture des sols plafonné à 40 %, perte de rendement agricole limitée à 10 % par rapport à une parcelle témoin. Ces exigences agronomiques renchérissent l'ingénierie des projets. Le « mur du raccordement » ensuite : environ 10 GW de projets photovoltaïques attendent une connexion au réseau, avec des délais et des coûts incertains qui découragent les nouveaux dépôts. L'instabilité politique et budgétaire, enfin, a conduit plusieurs développeurs à geler des dossiers en cours de développement.
Dans ce contexte, les acteurs les mieux capitalisés et les plus outillés sur le volet agronomique prennent l'avantage. Parmi les développeurs les plus visibles figurent des spécialistes comme TSE — lauréat 2025 du French Tech 120, qui a bouclé un financement de 106 millions d'euros pour une quinzaine de centrales représentant environ 120 MW —, Sun'Agri, pionnier des structures pilotées pour les cultures, ou Reden, qui a inauguré en 2025 une serre agrivoltaïque de près de 30 000 m² et 3 MWc en Ariège. À leurs côtés, les développeurs généralistes de grandes centrales, tels Neoen, Valeco, Qair, Voltalia, Amarenco ou Technique Solaire, alimentent l'essentiel des volumes en instruction. Pour l'exploitant agricole, les revenus tirés d'un contrat agrivoltaïque s'échelonnent généralement entre 2 000 et 5 000 euros par hectare et par an.
L'État structure son suivi
Le 18 novembre 2025, le gouvernement a annoncé la création de l'Observatoire de l'agrivoltaïsme, piloté par l'ADEME comme le prévoyait déjà la loi APER. Une première étude, portant sur cinq régions (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Bourgogne-Franche-Comté et La Réunion), a identifié plus de 1 600 projets photovoltaïques sur terres agricoles à tous les stades d'avancement, y compris des projets non encore autorisés. Une deuxième phase doit livrer début 2026 un panorama national complet ainsi que des outils d'accompagnement des porteurs de projets. Le gouvernement a par ailleurs lancé une campagne de contrôle des installations antérieures à la loi APER.
Le secteur passe ainsi d'un développement largement spontané à un marché encadré et mesuré. Les projections tablent sur un rythme de déploiement de 1 à 2 GW par an à partir de 2026, sous réserve des capacités de raccordement, pour contribuer à l'objectif de 45 GWc de solaire installé d'ici 2030 inscrit dans la programmation pluriannuelle de l'énergie. Les classements de développeurs établis par des bureaux comme WattaBase deviennent, dans cette configuration, un outil de lecture stratégique : ils signalent quels acteurs disposent d'un portefeuille assez robuste pour franchir les nouveaux filtres réglementaires et agronomiques, et lesquels risquent de décrocher.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.