Allemagne : Berlin met fin au « forfait tous risques » des énergies renouvelables
Le gouvernement allemand a fait adopter en conseil des ministres, le 29 juillet 2026, une réforme de sa loi sur les énergies renouvelables (EEG) qui met fin aux garanties de rachat automatiques pour de nombreuses installations solaires et éoliennes. Portée par la ministre de l'Économie Katherina Reiche, elle vise à freiner une facture publique proche de 17 milliards d'euros par an et à mieux caler le rythme des nouvelles installations sur les capacités réelles du réseau électrique. Le texte doit maintenant être débattu au Bundestag. Pour les acteurs français et européens du secteur, ce virage du pionnier historique de l'Energiewende signale une tendance plus large : conditionner les soutiens publics à l'état des réseaux plutôt qu'à la seule production.
Le 29 juillet 2026, le conseil des ministres allemand a validé la refonte de l'EEG (Erneuerbare-Energien-Gesetz), la loi qui structure depuis un quart de siècle le soutien public aux énergies renouvelables outre-Rhin, ainsi qu'un « paquet raccordement réseau » qui l'accompagne. Le texte, porté par la ministre de l'Économie et de l'Énergie Katherina Reiche (CDU), doit encore être débattu au Bundestag avant son entrée en vigueur, mais il marque déjà une rupture assumée avec la ligne défendue depuis 2021 par l'ex-ministre écologiste Robert Habeck : moins de garanties automatiques, davantage de conditions liées à l'état réel du réseau électrique.
Des zones saturées où le rachat garanti disparaît
Concrètement, la réforme cible en premier lieu les régions où le réseau est déjà congestionné. Jusqu'ici, un exploitant solaire ou éolien touchait une rémunération garantie même lorsque son électricité ne pouvait pas être injectée faute de capacité de transport — un mécanisme de compensation en cas de délestage. Le nouveau texte relève le seuil de déclenchement de ces « zones à capacité limitée » : il faudra désormais que 5 % de la production locale ait été historiquement écrêtée pour qu'une zone soit classée ainsi, contre 3 % initialement envisagé. Dans ces zones, la période sans compensation en cas d'écrêtement passe de dix à six ans, et la part de production non rémunérée pourra atteindre 10 à 20 % du volume annuel produit selon les cas.
Le deuxième volet concerne les petites installations solaires résidentielles, jusqu'ici parmi les mieux protégées du dispositif. À partir de 2027, les systèmes de moins de 25 kilowatts perdront leur garantie de rachat permanente : ils basculeront vers une phase transitoire d'environ trois ans à tarif réduit, avant une extinction progressive du soutien prévue d'ici 2030. L'argument du ministère est que le couple panneaux-batteries est désormais rentable par lui-même en quelques années et n'a plus besoin d'un financement public pérenne.
« Nous mettons fin à l'EEG en tant que forfait tous risques » — Katherina Reiche, ministre fédérale de l'Économie et de l'Énergie.
Une facture qui pesait de plus en plus lourd sur l'État
Le gouvernement chiffre à environ 16,5 milliards d'euros l'enveloppe fédérale prévue pour 2027 au titre du soutien aux renouvelables, une facture en nette hausse ces dernières années alors même que la part de ces énergies dans le mix électrique a explosé : elle a atteint 58 % au premier semestre 2026, contre un objectif officiel de 80 % à l'horizon 2030. Le paradoxe que veut résoudre Berlin est là — un succès de déploiement qui, en dépassant le rythme d'extension du réseau de transport (dont les projets d'extension prennent aujourd'hui huit à douze ans), génère à la fois des coûts de compensation croissants et des goulets d'étranglement techniques.
Les associations professionnelles du secteur ont vivement critiqué la méthode et le fond. La Fédération des énergies renouvelables (BEE), présidée par Ursula Heinen-Esser, a dénoncé un « recul significatif » pour la filière et un délai de consultation jugé « inacceptable » (trois jours ouvrés seulement avant l'adoption en conseil des ministres). L'association professionnelle du solaire BSW-Solar a de son côté averti que les nouvelles règles menaçaient des investissements chiffrés en milliards d'euros et des dizaines de milliers d'emplois, notamment dans les zones rurales où les projets sont les plus exposés au risque de classement en « zone à capacité limitée ».
Le texte doit maintenant franchir l'étape du Bundestag, où des amendements sont probables étant donné l'ampleur de la mobilisation industrielle. Pour les développeurs et investisseurs français et européens du secteur, ce dossier mérite d'être suivi de près : l'Allemagne a longtemps servi de référence pour les mécanismes de soutien aux renouvelables en Europe, et ce basculement vers une logique de compensation conditionnée à la disponibilité réseau — plutôt qu'un tarif garanti inconditionnel — pourrait inspirer d'autres réformes nationales confrontées au même arbitrage entre vitesse de déploiement et coût public, la France elle-même ayant déjà entamé une révision de ses propres mécanismes de soutien au solaire résidentiel.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.cleanenergywire.org/news/germany-limit-new-renewable-support-bid-ease-grid-pressure-lower-costs
- https://www.bundeswirtschaftsministerium.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2026/07/20260729-eeg-novelle-und-netzanschlusspaket.html
- https://www.zdfheute.de/politik/deutschland/reiche-energiereform-kabinett-eeg-netzpaket-100.html