PFAS : l'Anses dessine une stratégie de surveillance à trois niveaux pour les polluants éternels
Après deux ans de travaux et l'analyse de près de deux millions de données sur 142 PFAS, l'Anses propose d'étendre la surveillance à 247 substances, bien au-delà des 20 composés retenus par la réglementation européenne pour 2026. L'agence pointe un manque criant de données sur l'air, les sols et les poussières, et recommande une approche graduée combinant surveillance pérenne, exploratoire et localisée.
Le 22 octobre 2025, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a rendu public un avis accompagné de deux rapports, aboutissement de deux années de travail sur les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), ces composés chimiques de synthèse surnommés « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l'environnement et l'organisme. Entre septembre 2023 et septembre 2024, l'agence a compilé et analysé près de deux millions de données de contamination portant sur 142 PFAS, mesurées dans l'eau potable, les eaux environnementales, les sédiments, l'air, les poussières, les sols, l'alimentation, les produits de consommation et les matrices biologiques humaines (sang, urine, lait maternel).
Un état des lieux inédit, mais des zones d'ombre persistantes
Ce travail constitue le premier inventaire national aussi exhaustif de la contamination par les PFAS en France. Il révèle une présence quasi généralisée de ces substances dans la plupart des compartiments étudiés, tout en mettant en lumière des lacunes importantes : les données concernant l'air ambiant, les sols et les poussières intérieures et extérieures restent très parcellaires, tout comme celles relatives à l'exposition professionnelle. L'Anses a par ailleurs catégorisé 247 PFAS selon deux critères croisés : leur fréquence de détection dans les différents milieux et leur profil toxicologique (cancérogénicité, effets sur la reproduction, perturbation endocrinienne notamment).
Sur cette base, l'agence recommande d'intégrer 105 substances supplémentaires à la stratégie de surveillance nationale, pour un total de 247 PFAS suivis à terme. Ce chiffre dépasse largement les 20 composés retenus par la directive européenne sur l'eau potable (UE 2020/2184), dont le contrôle devient obligatoire en France à compter du 1er janvier 2026.
Trois niveaux de surveillance plutôt qu'une approche uniforme
Plutôt que de préconiser un suivi identique pour toutes les substances, l'Anses propose une architecture à trois étages, adaptée à la toxicité et à la fréquence de présence de chaque PFAS. La surveillance pérenne concernerait les substances les plus préoccupantes et les plus régulièrement détectées, avec un suivi dans la durée sur l'ensemble du territoire. La surveillance exploratoire, plus ponctuelle, viserait les composés encore insuffisamment documentés, comme l'acide trifluoroacétique (TFA) dans l'air, les sols et les poussières — un sous-produit de dégradation de nombreux PFAS et de certains pesticides, aujourd'hui parmi les moins bien caractérisés malgré une présence probablement très large. Enfin, une surveillance localisée cadrerait le suivi autour des sites industriels identifiés ou suspectés comme sources de contamination, à l'image des zones déjà repérées autour de sites de production de fluoropolymères en France.
L'agence appelle également à la mise en place d'un dispositif de surveillance national évolutif, qui permettrait d'actualiser régulièrement le suivi des PFAS en cohérence avec le futur plan interministériel dédié à ces substances, actuellement en préparation par les pouvoirs publics.
Un calendrier réglementaire déjà engagé
Cet avis s'inscrit dans un contexte réglementaire déjà en mouvement. Quatre PFAS sont d'ores et déjà réglementés et surveillés dans certaines denrées alimentaires (œufs, produits carnés, produits de la pêche). En France, la loi du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS interdit, à compter du 1er janvier 2026, la mise sur le marché de plusieurs catégories de produits contenant ces substances : cosmétiques, fart de ski, ainsi que textiles et produits d'imperméabilisation destinés au grand public, hors usages professionnels spécifiques non substituables. Au niveau européen, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) examine par ailleurs une proposition de restriction générale des PFAS, portée par cinq États membres dont la France.
En recommandant d'aller au-delà du socle réglementaire européen, l'Anses se positionne en soutien de ces initiatives et fournit une base scientifique destinée à alimenter les arbitrages à venir, tant sur le nombre de substances à encadrer que sur les milieux prioritaires à surveiller en premier lieu.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.