BYD dépasse Tesla en Europe : le tournant mondial du constructeur chinois
Pour la première fois de son histoire, le groupe automobile chinois BYD réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaires hors de Chine, porté par une envolée des ventes à l'export. Sur le marché européen, l'entreprise a même dépassé Tesla en nombre d'immatriculations sur le premier semestre 2026, un basculement symbolique sur le segment électrique. Cette percée s'accompagne de la mise en route d'un premier site de production en Hongrie, conçu pour contourner les droits de douane européens sur les véhicules importés de Chine. Un signal que la concurrence chinoise s'installe désormais durablement sur le marché automobile européen, au-delà du seul rapport de force commercial.
Le basculement se lit d'abord dans les comptes du groupe. Selon les résultats semestriels publiés par BYD, l'entreprise a généré 181,3 milliards de yuans (environ 23 milliards d'euros) de revenus hors de Chine sur les six premiers mois de 2026, soit une hausse de 34 % sur un an et 53 % de son chiffre d'affaires total, alors fixé à 344,8 milliards de yuans. Sur la même période, les revenus réalisés sur le marché domestique chinois ont reculé de 31 %, sous l'effet d'une guerre des prix qui s'est intensifiée localement et d'un marché intérieur donnant des signes de saturation après plusieurs années de croissance effrénée.
Le mouvement se confirme au niveau des unités vendues. BYD a exporté 792 000 véhicules sur le premier semestre 2026, en hausse de 67,8 % sur un an, portant la part de l'export à près de 44 % de ses ventes totales de véhicules. Sur le seul mois d'août 2026, le groupe a livré 440 293 véhicules à batterie ou hybrides rechargeables, en progression de 18 % sur un an, pendant que les volumes vendus en Chine continuaient de reculer. Le groupe, qui vise 1,5 million de ventes hors de Chine sur l'ensemble de l'année 2026, a indiqué à ses actionnaires qu'il pourrait dépasser cet objectif.
L'Europe, nouveau terrain de bataille face à Tesla
C'est sur le Vieux Continent que la bascule prend une dimension la plus concrète pour un lecteur européen. Sur l'ensemble UE + AELE + Royaume-Uni, BYD a immatriculé 174 144 véhicules au premier semestre 2026, devançant de justesse Tesla (170 351 unités) — un écart de moins de 4 000 véhicules, mais un basculement inimaginable il y a encore deux ou trois ans, quand Tesla dominait sans partage le segment électrique européen. La bascule s'était dessinée dès février 2026 : ce mois-là, BYD avait immatriculé 17 954 véhicules (+162 % sur un an) contre 17 664 pour Tesla (+11,8 %), portant le cumul janvier-février à 36 069 unités pour le constructeur chinois contre 25 753 pour l'américain.
La comparaison mérite toutefois une nuance importante : les immatriculations de BYD mêlent véhicules 100 % électriques et hybrides rechargeables, quand Tesla ne vend que des modèles tout électriques. Sur la période, la part de marché de BYD en Europe est passée de 1,0 % à 2,4 % entre le premier semestre 2025 et celui de 2026, une progression parallèle à celle de Tesla, montée de 1,6 % à 2,4 % sur la même période — les deux marques se retrouvant désormais à égalité de part de marché, avec une trajectoire de croissance nettement plus forte du côté chinois.
Un site de production en Hongrie pour s'affranchir des droits de douane
Cette percée commerciale s'accompagne d'un changement de nature dans la présence de BYD en Europe : le groupe ne se contente plus d'y expédier ses véhicules, il commence à les y fabriquer. L'usine de Szeged, en Hongrie, a démarré une production pilote fin janvier 2026, avec un objectif de montée en cadence industrielle initialement prévu au printemps puis repoussé au quatrième trimestre 2026 selon les informations les plus récentes. L'investissement annoncé atteint jusqu'à 4 milliards d'euros, pour une capacité visée à terme de 300 000 véhicules par an — les premiers volumes de production devant plutôt tourner autour de 150 000 unités annuelles dans un premier temps. Le premier modèle à sortir de cette chaîne européenne devrait être la Dolphin Surf, commercialisée en Chine sous le nom de Seagull.
L'enjeu de cette implantation industrielle est directement lié à la politique commerciale européenne : l'Union européenne a instauré des droits de douane additionnels sur les véhicules électriques importés de Chine, jugés bénéficiaires de subventions d'État distordant la concurrence. En assemblant une partie de sa gamme sur le sol européen, BYD réduit son exposition à ces surtaxes tout en se positionnant comme un acteur industriel local plutôt qu'un simple exportateur — une stratégie déjà suivie par d'autres constructeurs chinois, mais que BYD est le premier à concrétiser à cette échelle en Europe centrale.
Pour les constructeurs européens historiques — Renault, Stellantis, Volkswagen en tête —, cette double dynamique change la nature de la concurrence chinoise sur leur propre marché : elle ne se limite plus à des prix d'importation agressifs, mais s'accompagne désormais d'une présence industrielle pérenne, potentiellement moins vulnérable aux ajustements tarifaires futurs. BYD a par ailleurs annoncé le déploiement de bornes de recharge ultra-rapides à 1 mégawatt en Europe au cours de 2026, un investissement dans l'infrastructure qui accompagne cette implantation commerciale et industrielle plutôt qu'il ne la précède.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.ad-hoc-news.de/boerse/news/corporate-news/byd-stock-gains-as-overseas-revenue-tops-half-of-sales/70041616
- https://www.ad-hoc-news.de/boerse/news/unternehmensnachrichten/byd-s-two-front-campaign-european-registrations-overtake-tesla-while-the/69929965
- https://www.electrive.com/2026/02/02/byd-begins-trial-production-of-passenger-cars-in-hungary/