Une des plus grandes mines d'uranium au monde approuvée au Canada : quel impact pour la France ?
Le régulateur nucléaire canadien a délivré début mars 2026 sa licence de construction au projet minier Rook I, en Saskatchewan, une première pour une nouvelle mine d'uranium au Canada depuis plus de vingt ans. Porté par l'entreprise NexGen Energy, le site pourrait produire jusqu'à 20 % de l'uranium extrait chaque année dans le monde. Pour la France, dont l'approvisionnement a été fragilisé par la perte de l'accès à l'uranium nigérien en 2024, l'arrivée de ce nouveau grand gisement dans un pays allié renforce la diversification recherchée par EDF et Orano.
Le régulateur nucléaire canadien a franchi le 5 mars 2026 une étape que l'industrie minière attendait depuis plus de vingt ans. La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a délivré à l'entreprise NexGen Energy une licence de préparation de site et de construction pour son projet Rook I, dans le nord de la Saskatchewan. Il s'agit de la première autorisation de ce type accordée à une nouvelle mine d'uranium au Canada depuis 2004, à peu près au même moment où le concurrent Denison Mines obtenait un feu vert similaire pour son propre projet dans la même région, l'Athabasca Basin — un signal fort envoyé à une filière mondiale de l'uranium en pleine relance, portée par le regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire.
Le gisement Arrow, l'un des plus riches jamais découverts
Le projet Rook I est construit autour du gisement Arrow, découvert par NexGen en 2014 à environ 155 km au nord de la localité de La Loche, dans le sud de l'Athabasca Basin — la région qui concentre déjà les mines à plus haute teneur au monde, comme McArthur River et Cigar Lake, exploitées par Cameco et le groupe français Orano. Arrow affiche des teneurs exceptionnelles : les ressources mesurées et indiquées sont estimées à 357 millions de livres d'oxyde d'uranium (U3O8), auxquelles s'ajoutent 240 millions de livres classées en réserves probables selon l'étude de faisabilité de NexGen.
Une fois en exploitation, le site viserait une production annuelle pouvant atteindre 14 millions de kilogrammes d'U3O8, sur une durée de vie de mine estimée à 24 ans — un volume qui représenterait, à lui seul, près de 20 % de la production mondiale actuelle d'uranium primaire. La licence obtenue est valable jusqu'au 31 mars 2036 ; elle autorise uniquement la préparation du site et la construction, la mise en exploitation nécessitant une licence distincte. Le chantier doit démarrer dès l'été 2026 pour une durée de construction d'environ quatre ans, avec pour les douze premiers mois un budget annoncé de 300 millions de dollars canadiens (environ 219 millions de dollars américains). La production effective d'uranium n'est donc pas attendue avant le début des années 2030.
Cette décision représente l'un des processus réglementaires parmi les plus rigoureux et les plus complets jamais menés pour un projet de ressources naturelles dans le monde. — Leigh Curyer, PDG de NexGen Energy
Une carte utile pour la sécurité d'approvisionnement française
Ce projet canadien intéresse directement la France parce que sa chaîne d'approvisionnement en uranium naturel a été fragilisée ces dernières années. En 2023, quatre pays — Kazakhstan, Namibie, Niger et Australie — concentraient encore 98 % de la valeur des importations françaises d'uranium naturel. Or en 2024, le Niger a expulsé Orano de son territoire et nationalisé les actifs miniers de l'entreprise française, supprimant d'un coup l'une des sources historiques d'approvisionnement d'EDF. Dans ce contexte, la montée en puissance d'un gisement situé dans un pays considéré comme stable et intégré à l'écosystème occidental prend une importance particulière pour la sécurité énergétique européenne.
Le Canada n'est pas un nouvel entrant pour la filière française : Orano y est déjà actionnaire de la mine Cigar Lake et exploite l'usine de traitement de McClean Lake, dans la même région de l'Athabasca Basin. L'arrivée d'un acteur supplémentaire de la taille de Rook I renforce donc un pôle d'approvisionnement déjà connu et audité par les industriels français, plutôt que d'ouvrir une dépendance à un nouveau fournisseur inconnu. Avec le programme EPR2 en France et plusieurs pays européens qui prolongent ou relancent des réacteurs, la demande d'uranium naturel du continent devrait rester soutenue sur la prochaine décennie, ce qui rend chaque nouvelle source fiable d'autant plus stratégique.
Le calendrier reste toutefois long : entre le lancement du chantier prévu cet été et la première tonne d'uranium produite, il faudra attendre le début des années 2030, le temps de construire la mine, l'usine de traitement et les infrastructures associées. D'ici là, d'autres étapes réglementaires seront nécessaires, notamment l'obtention d'une licence d'exploitation distincte auprès de la CCSN. Le projet concurrent de Denison Mines, approuvé dans le même mouvement, suivra un calendrier comparable — de quoi faire du bassin de l'Athabasca l'un des chantiers les plus surveillés de la filière nucléaire mondiale pour les années à venir.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.canada.ca/en/nuclear-safety-commission/news/2026/03/commission-issues-a-licence-to-nexgen-energy-ltd-authorizing-site-preparation-and-construction-of-its-rook-i-project.html
- https://www.world-nuclear-news.org/articles/rook1-uranium-project-gets-construction-approval
- https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/dou-vient-luranium-naturel-importe-en-france