Friches : le Cerema recense 61 000 hectares et évalue le gisement total à 155 000
Le Cerema a actualisé son inventaire national des friches : 20 250 sites, soit environ 61 000 hectares, sont désormais cartographiés au 1er juillet 2026, contre 15 000 un an plus tôt. L'établissement public estime la surface totale des friches françaises entre 115 000 et 155 000 hectares, un gisement foncier encore largement sous-exploité alors que l'urbanisation consomme chaque année 21 000 hectares d'espaces naturels et agricoles. Portée par la loi Climat et Résilience et l'objectif de zéro artificialisation nette, la réutilisation de ces terrains déjà artificialisés devient un levier central de l'aménagement. La moitié des friches sans projet présentent un fort potentiel résidentiel ou industriel, et un quart un intérêt écologique pour la renaturation.
Le Cerema, l'établissement public d'expertise sur l'aménagement et l'environnement, a publié début septembre 2026 la nouvelle édition de son inventaire national des friches. Au 1er juillet 2026, 20 250 friches sont recensées et localisées à la parcelle, contre environ 15 000 en avril 2025, pour une surface cartographiée d'environ 61 000 hectares. Cette progression ne traduit pas une explosion du phénomène mais une meilleure connaissance du foncier : les observatoires locaux couvrent désormais 61 % du territoire et sont à l'origine de près des trois quarts des sites inscrits. Une friche, au sens de la loi Climat et Résilience de 2021, est un bien immobilier bâti ou non bâti, inutilisé, dont le réemploi suppose des travaux préalables.
Au-delà des sites déjà répertoriés, le Cerema estime la surface totale des friches en France entre 115 000 et 155 000 hectares, une fourchette relevée par rapport à celle de 80 000 à 140 000 hectares avancée en 2025. L'inventaire s'appuie sur le croisement de fichiers nationaux — fichiers fonciers, bases de données sur la pollution des sols, indicateurs de vacance — et sur les remontées de terrain d'une vingtaine d'observatoires partenaires. L'ensemble est consultable librement via Cartofriches, la plateforme ouverte par le Cerema en 2020 et versée en open data, qui superpose pour chaque site l'unité cadastrale, l'état du bâti, l'identité des propriétaires et les caractéristiques connues du sol.
Des petites parcelles urbaines plus que de grands sites industriels
La typologie des friches recensées bouscule l'image d'Épinal du vaste site sidérurgique abandonné. Les friches issues de l'habitat constituent la catégorie la plus nombreuse (41 % des sites), devant les friches industrielles (19 %) ; mais ces dernières concentrent à elles seules 47 % des surfaces identifiées. Les deux tiers des friches font moins de 0,5 hectare et 71 % se situent en zone déjà urbanisable, c'est-à-dire mobilisables sans révision lourde des documents d'urbanisme. Près de la moitié se trouvent dans des secteurs marqués par la tension sur le logement, ce qui renforce leur intérêt pour la production de nouveaux logements.
Environ un quart des friches suivies localement font déjà l'objet d'un projet de reconversion. Sur les quelque 13 200 sites sans projet identifié, le Cerema estime que 58 % présentent un potentiel de réhabilitation résidentielle et 35 % un potentiel industriel, tandis qu'un quart offrirait un fort intérêt de renaturation écologique. Le principal frein reste économique : la remise en état d'une friche coûte en moyenne 540 000 euros par hectare selon les projets analysés en 2023, un montant qui explique le rôle déterminant des aides publiques dans l'équilibre des opérations.
Un pilier de la trajectoire zéro artificialisation nette
L'inventaire s'inscrit dans le cadre fixé par la loi Climat et Résilience, qui vise à réduire de moitié le rythme de consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers d'ici 2031, puis à atteindre le « zéro artificialisation nette » en 2050. Depuis 2011, l'urbanisation absorbe environ 21 000 hectares de ces espaces chaque année. Recycler le foncier déjà artificialisé apparaît comme l'alternative directe à l'étalement urbain. Le soutien financier a d'abord pris la forme du fonds friches du plan de relance, doté de 750 millions d'euros sur 2021 et 2022, avant d'être relayé par le Fonds vert, qui continue de cofinancer les études et les travaux de dépollution.
Les friches s'imposent comme une solution pour préserver les sols et en particulier les espaces naturels, agricoles et forestiers.
La prochaine étape consiste à étendre la couverture des observatoires à l'ensemble du territoire et à fiabiliser l'estimation des surfaces, encore partielle. L'inventaire est aussi appelé à nourrir les documents de planification — schémas régionaux, schémas de cohérence territoriale et plans locaux d'urbanisme — désormais tenus de fixer des objectifs chiffrés de sobriété foncière. L'enjeu central reste de passer de la cartographie à la reconversion effective, un processus que ralentissent le coût de la dépollution, le morcellement de la propriété et la durée des montages d'opérations.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.cerema.fr/fr/presse/dossier/premier-inventaire-national-friches-bilan-annuel-au-1er
- https://www.cerema.fr/fr/presse/document/inventaire-national-friches-etat-lieux-enjeux
- https://www.terre-net.fr/foncier-agricole/article/902965/plus-de-20-000-friches-recensees-en-2026-un-gisement-quand-le-foncier-manque