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Géothermie, la « grande oubliée » : Eurazeo appelle l'Europe à financer le sous-sol

Dans un livre blanc publié en septembre 2026, le gestionnaire d'actifs français Eurazeo qualifie la géothermie de « grande oubliée » de la transition énergétique et plaide pour un cadre d'investissement plus lisible en Europe. Sa thèse : les capitaux privés sont disponibles, c'est l'architecture réglementaire et financière qui fait défaut. Le groupe a lui-même pris pied dans le secteur en 2025 en prenant le contrôle de SMP Energies, spécialiste français du forage profond. En parallèle, la France s'est fixé pour objectif de quadrupler sa production de chaleur géothermique d'ici 2035, tandis que l'investissement mondial dans la géothermie de nouvelle génération a bondi de 80 % en un an.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
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windmill on grass field during golden hour
ÉnergiePhoto d'illustration : Karsten Würth /Unsplash

La géothermie n'occupe qu'une place marginale dans le débat public sur l'énergie, largement dominé par l'éolien, le solaire et le nucléaire. C'est ce constat que dresse Eurazeo dans un livre blanc consacré au financement des solutions environnementales, publié début septembre 2026. La société d'investissement parisienne y décrit une énergie « grande oubliée », alors qu'elle cumule plusieurs atouts recherchés : une production de chaleur et, plus rarement, d'électricité disponible en continu, insensible aux aléas météorologiques, ancrée localement et affranchie des importations de combustibles fossiles.

Le document ne se limite pas à la géothermie. Son argument central porte sur l'écart entre l'abondance de capitaux disponibles pour la transition en Europe et la difficulté à les diriger vers des projets industriels concrets, faute d'un cadre réglementaire et fiscal stable. Sophie Flak, membre du directoire d'Eurazeo en charge de la stratégie de durabilité, y voit un décalage entre l'agenda politique et la réalité économique de l'investissement bas carbone.

Le bruit politique masque aujourd'hui une réalité plus profonde, le fait que la bascule de l'économie est en route. — Sophie Flak, membre du directoire d'Eurazeo

Un pari industriel déjà engagé

Eurazeo n'aborde pas le sujet en simple observateur. Via son fonds Eurazeo Planetary Boundaries Fund, constitué après un premier closing début 2025, le groupe a pris au cours de l'année 2025 une participation majoritaire dans SMP Energies, présenté comme le premier contracteur français spécialisé dans le forage géothermique. L'entreprise intervient sur l'ensemble du cycle de vie d'un puits — forage, entretien, rebouchage — en France et à l'étranger, et revendique une soixantaine de puits réalisés à ce jour. L'objectif affiché est d'en faire un acteur de référence du forage de grande profondeur en Europe, pour alimenter les réseaux de chaleur urbains ainsi que des usages industriels et agricoles.

Le marché sous-jacent reste modeste mais orienté à la hausse. Selon le fonds, les cinq principaux marchés européens de la géothermie ont produit environ 8 TWh en 2023, avec une croissance attendue à deux chiffres d'ici 2030. La géothermie profonde, longtemps cantonnée aux zones volcaniques, gagne du terrain grâce aux progrès du forage, qui rendent exploitable la chaleur du sous-sol dans des bassins sédimentaires comme celui de Paris, où plusieurs dizaines de réseaux de chaleur fonctionnent déjà sur ce principe.

La France vise un quadruplement d'ici 2035

Côté public, la trajectoire est désormais chiffrée. La troisième programmation pluriannuelle de l'énergie prévoit de multiplier par quatre la production de chaleur géothermique en France métropolitaine d'ici 2035. Les cibles intermédiaires tablent sur environ 10 TWh de chaleur issue de la géothermie de surface en 2030, puis 15 à 18 TWh en 2035, auxquels s'ajoutent 6 puis 8 à 10 TWh pour la géothermie profonde. La production d'électricité géothermique, elle, demeure marginale en métropole, avec 127 GWh en 2024, essentiellement outre-mer.

Les outils de financement suivent. Le Fonds chaleur de l'Ademe, principal levier de subvention de la chaleur renouvelable, est doté de 800 millions d'euros pour 2026, avec la géothermie érigée en priorité ; le portefeuille de projets déposés représente environ le double de cette enveloppe. En 2025, plus de 300 projets géothermiques ont été soutenus, soit près de 20 % des volumes d'énergie renouvelable et de récupération aidés par ce fonds. Le plan d'action gouvernemental lancé en 2023, qui regroupe vingt-sept mesures, prévoit qu'en 2026 chaque région métropolitaine dispose d'un animateur dédié à la filière.

Une dynamique mondiale portée par le forage nouvelle génération

Le regain d'intérêt dépasse l'Europe. D'après l'Agence internationale de l'énergie, l'investissement mondial dans la géothermie de nouvelle génération a atteint 2,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 80 % sur un an et environ cent fois supérieur à son niveau de 2018. Les vitesses de forage ont été multipliées par trois sur certains sites de démonstration et les coûts de puits réduits jusqu'à 30 %. L'AIE estime que cette filière pourrait couvrir jusqu'à 15 % de la croissance de la demande mondiale d'électricité d'ici 2050, un potentiel qui attire notamment les exploitants de centres de données en quête d'électricité pilotable.

Pour un investisseur comme Eurazeo, l'enjeu n'est donc plus la disponibilité de la ressource ou des capitaux, mais la capacité des pouvoirs publics européens à offrir un cadre suffisamment prévisible pour engager des projets dont la rentabilité se mesure sur plusieurs décennies. C'est le sens des propositions du livre blanc : stabiliser les dispositifs de soutien, sécuriser l'accès au sous-sol et raccourcir les délais d'autorisation. Discrète par nature, la géothermie sert ici de cas d'école à un débat plus large sur le financement de la transition.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

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