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Pourquoi les méga-fonds américains investissent massivement dans les renouvelables européens

Alors que Washington mise sur le « drill, baby, drill », trois géants de la finance américaine — Apollo, Brookfield et KKR — déversent des milliards de dollars dans l'éolien et le solaire européens. KKR vient d'acquérir 50 % d'un portefeuille éolien et solaire de 1,2 GW auprès de TotalEnergies, valorisé 1,8 milliard d'euros, pendant que le Danemark relance avec succès ses appels d'offres offshore. Un paradoxe que la banque d'affaires spécialisée Green Giraffe attribue à la demande électrique des data centers IA, à l'électrification des transports et à la recherche de rendements stables.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
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aerial photo of wind turbines near field
ÉnergiePhoto d'illustration : Thomas Richter /Unsplash

Le contraste est frappant. Pendant que l'administration américaine multiplie les mesures pour relancer l'extraction pétrolière et gazière sur son sol, ce sont trois des plus grandes maisons de gestion d'actifs de Wall Street — Apollo, Brookfield et KKR — qui financent une bonne partie de la croissance des renouvelables en Europe. C'est le constat que dresse Clément Weber, de la banque d'affaires Green Giraffe, spécialisée dans le financement de la transition énergétique, dans une analyse publiée le 6 août. Selon lui, ces trois fonds ont annoncé à eux seuls des investissements « à dix chiffres » dans l'éolien offshore européen sur la seule année 2025.

L'illustration la plus récente et la plus concrète de ce mouvement date du 3 août : KKR a signé avec TotalEnergies l'acquisition de 50 % d'un portefeuille d'actifs éoliens terrestres et solaires déjà en exploitation, d'une puissance totale de 1,2 GW, réparti entre l'Allemagne, l'Espagne, la France et la Pologne. L'opération valorise l'ensemble à 1,8 milliard d'euros. TotalEnergies conserve l'autre moitié des parts et continuera d'exploiter les installations, dans une opération bouclée le même jour que le rachat par le groupe français des activités renouvelables de Shell en Europe — un signe que les majors pétrolières recyclent une partie de leur capital renouvelable auprès d'investisseurs financiers plutôt que de le porter seules jusqu'au bout.

Trois moteurs identifiés par les financiers

Pourquoi des fonds new-yorkais, dont beaucoup de clients sont culturellement plus proches de l'énergie fossile que de la transition écologique, choisissent-ils l'Europe plutôt que leur propre marché intérieur ? Green Giraffe avance trois explications convergentes. D'abord, l'explosion de la demande électrique liée aux data centers d'intelligence artificielle, qui pousse les opérateurs de réseau à sécuriser des volumes de production massifs et prévisibles — l'éolien et le solaire, une fois construits, offrent justement ce profil. Ensuite, l'électrification rapide des transports européens : la part des véhicules électriques dans les ventes neuves est passée d'environ 2 % en 2020 à plus de 20 % aujourd'hui, un basculement qui structure une demande de long terme pour les gestionnaires d'actifs en quête de contrats pluriannuels.

Le troisième moteur est plus financier que technologique : la recherche de rendements stables et prévisibles. Dans un contexte de tensions géopolitiques qui font fluctuer les prix des matières premières fossiles, un parc éolien ou solaire déjà raccordé, adossé à des contrats de vente d'électricité de long terme, offre un profil de risque proche de celui d'une infrastructure — exactement ce que recherchent des fonds comme Brookfield ou KKR pour leurs poches de capital patient.

Le Danemark, baromètre du retour de confiance

Ce regain d'appétit intervient alors que le marché européen de l'éolien offshore sortait justement d'une période de doute. Fin 2024, un appel d'offres danois de 3 GW n'avait attiré aucun candidat, les promoteurs jugeant le cadre de soutien insuffisant face à la hausse des coûts de construction et de financement. Copenhague a depuis revu son modèle de rémunération, et le nouvel appel d'offres lancé sur les zones de Nordsøen Midt (1 GW) et Hesselø (800 MW), au total 1,8 GW, a cette fois trouvé preneur : l'énergéticien suédois Vattenfall a remporté les deux projets début août, avec des offres autour de 67 à 72 euros le mégawattheure. Ce retour des candidats sur un marché qui semblait grippé un an plus tôt illustre, à l'échelle d'un seul pays, la même dynamique que pointe Green Giraffe au niveau continental : la confiance des investisseurs redevient positive dès que le cadre réglementaire et la rémunération sont jugés bancables.

Pour l'Europe, cet afflux de capitaux américains constitue une diversification bienvenue des sources de financement de sa transition énergétique, à un moment où les banques et fonds européens traditionnels ne peuvent pas, seuls, absorber l'ensemble des besoins d'investissement dans les réseaux et la production bas-carbone. Il crée aussi une dépendance nouvelle : une part croissante des infrastructures énergétiques stratégiques du continent passe sous le contrôle, même partiel, d'acteurs financiers américains dont les priorités peuvent évoluer avec les cycles de marché — un point que les autorités européennes surveillent notamment via les mécanismes de filtrage des investissements étrangers dans les secteurs jugés critiques.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

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