Forêts privées françaises : 7,5 % seulement sont assurées face au risque climatique
En 2023, le CGAAER chiffrait à 7,5 % la part de la forêt privée française couverte contre l'incendie ou la tempête, très loin des plus de 80 % atteints en Suède. Aides publiques après sinistre, primes jugées trop chères, contrats limités à un ou deux aléas : un document de travail de l'INRAE et du BETA, fondé sur 309 propriétaires, détaille les freins. Le ministère de l'Agriculture veut simplifier le dispositif fiscal DEFI forêt, tandis que les chercheurs plaident pour des contrats multirisques et l'assurance paramétrique déclenchée sur indices climatiques. Un enjeu d'adaptation pour les 3,5 millions de propriétaires qui gèrent 75 % de la forêt hexagonale.
La forêt privée représente près de 75 % des quelque 17 millions d'hectares de forêt française et se partage entre environ 3,5 millions de propriétaires. Selon un constat dressé en 2023 par le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), seuls 7,5 % de cette surface sont couverts par une assurance contre l'incendie ou la tempête. Le nombre de contrats progresse d'environ 7 % par an depuis 2011, mais la base de départ est si faible que la quasi-totalité du massif privé reste sans filet financier. À titre de comparaison, la Suède assure plus de 80 % de sa forêt privée et la Finlande autour de la moitié.
L'effet pervers de la solidarité post-catastrophe
Le premier frein tient à l'existence, réelle ou anticipée, d'aides publiques après les grands sinistres. Les tempêtes de 1999 puis Klaus en 2009, et plus récemment les incendies de 2022 en Gironde, ont donné lieu à des plans de soutien de l'État pour le nettoyage et la reconstitution des parcelles. Même si le gouvernement a annoncé dès 2017 la fin de ce type de dispositifs, la mémoire de ces indemnisations décourage la souscription : pourquoi payer une prime chaque année si la collectivité prend en charge une partie des dégâts ? Une enquête de l'INRAE menée fin 2024 auprès de propriétaires confirme le poids des considérations économiques : 29 % jugent les primes trop élevées et 22 % ne perçoivent pas l'intérêt d'une couverture.
Cette enquête a donné lieu à un document de travail du Bureau d'économie théorique et appliquée (BETA) de Strasbourg, signé Fanny Claise et Marielle Brunette, qui analyse 309 réponses complètes à l'aide d'un modèle statistique. La probabilité de s'assurer augmente avec le revenu du propriétaire, la taille de la parcelle, la présence d'un document de gestion durable ou d'une certification, et varie fortement selon la région. Les propriétaires de Nouvelle-Aquitaine sont nettement plus couverts que la moyenne : le massif landais de pin maritime, exploité de façon intensive et homogène, se prête mieux à une logique assurantielle que des peuplements diversifiés et morcelés.
Des contrats mono-risque jugés trop étroits
Les offres disponibles sur ce marché de niche, animé par quelques assureurs spécialisés, ne couvrent aujourd'hui que la tempête et l'incendie. Or les dégâts les plus marquants de ces dernières années viennent aussi de la sécheresse et des ravageurs, à l'image des scolytes qui ont décimé les épicéas du Grand Est. Les propriétaires interrogés réclament des contrats multirisques englobant tempête, feu, sécheresse et attaques sanitaires. Certains pays sont déjà plus avancés : en Finlande, les assureurs indemnisent les dommages causés par les insectes, ce qui explique en partie un taux de couverture bien supérieur au taux français.
Fiscalité et assurance paramétrique sur la table
Le levier public existant s'appelle le DEFI forêt, un dispositif d'encouragement fiscal à l'investissement créé au début des années 2000. Son volet assurance ouvre droit à un crédit d'impôt représentant une large part de la cotisation, mais dans la limite d'un plafond de quelques euros par hectare assuré qui n'a guère évolué. L'évaluation conduite par le ministère de l'Agriculture juge le mécanisme devenu trop complexe et peu lisible, avec un nombre de bénéficiaires marginal, et recommande de le simplifier, de le transformer pleinement en crédit d'impôt et d'en relever le plafond. Le rapport remis en 2024 sur la mise en gestion durable de la forêt privée va dans le même sens.
Les chercheurs avancent deux autres pistes. La première consiste à moduler les primes selon les pratiques sylvicoles, en récompensant la diversification des essences ou l'entretien des pare-feu, sur le principe d'un bonus-malus. La seconde, plus innovante, est l'assurance paramétrique : l'indemnisation se déclenche automatiquement lorsqu'un indice mesurable — déficit hydrique, indice de danger météo d'incendie, vitesse de vent — franchit un seuil, sans expertise de terrain. Ce type de contrat, déjà employé en agriculture, réduit les délais de versement et les coûts de gestion. Le projet européen eco2adapt, financé par Horizon Europe, collecte à l'échelle du continent les attentes des propriétaires pour calibrer ces futurs produits.
L'enjeu dépasse la trésorerie des sylviculteurs. Sans couverture, un sinistre de grande ampleur se traduit souvent par l'abandon de la gestion et la non-reconstitution des parcelles, avec à la clé une perte de puits de carbone et de ressource pour la filière bois — construction, matériaux biosourcés, énergie. Bâtir un modèle assurantiel viable fait donc partie des conditions de l'adaptation des forêts françaises au changement climatique. La prochaine loi de finances pourrait donner un premier signal sur la réforme du volet assurance du DEFI forêt.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://beta.u-strasbg.fr/WP/2025/2025-39.pdf
- https://agriculture.gouv.fr/evaluation-des-mesures-fiscales-defi-foret
- https://www.igf.finances.gouv.fr/files/live/sites/igf/files/contributed/Rapports%20de%20mission/2024/Rapport%20gestion%20durable%20for%C3%AAt%20fran%C3%A7aise%20priv%C3%A9e_Version%20Web.pdf