Électrification des usages : les gaziers contestent le coût du plan français
Le gouvernement a fait de l'électrification l'axe central de sa politique énergétique : plan opérationnel présenté au printemps 2026, aides publiques portées jusqu'à 10 milliards d'euros par an d'ici 2030, fin programmée du gaz dans les logements neufs et 100 territoires pionniers appelés à en sortir en quatre ans. Les énergéticiens et gestionnaires de réseaux gaziers contestent le rythme et le coût de cette trajectoire, qui menace directement leur activité. Ils mettent en avant la facture des renforcements du réseau électrique — près de 100 milliards d'euros pour le seul RTE d'ici 2040 —, le surcroît d'appel de puissance à la pointe hivernale et le potentiel du biométhane, dont la France est devenue le premier producteur européen. Le congrès France Gaz du 22 septembre, placé sous le thème « l'autre voie de la décarbonation », doit porter cette contestation.
En avril 2026, le gouvernement a transformé son ambition d'électrification en plan opérationnel : 22 mesures, quatre « pactes industriels » signés le 26 mai à l'Élysée lors d'une mobilisation baptisée « Team France électrification », et un objectif affiché de remplacer 85 térawattheures de gaz par de l'électricité produite en France d'ici 2030, soit environ un cinquième des importations gazières actuelles. L'exécutif justifie ce cap par la souveraineté et la facture extérieure : la France a versé près de 58 milliards d'euros en 2024 pour ses importations d'hydrocarbures, dont de l'ordre de 17 milliards pour le seul gaz naturel. Pour les opérateurs gaziers — France Gaz, GRDF, Engie — la même trajectoire signifie une décrue durable, voire une quasi-disparition de leur cœur de métier.
Ce que le plan change pour le gaz
Le plan vise à faire passer la part des énergies fossiles dans la consommation finale d'énergie de 58 % en 2023 à moins de 30 % en 2035, tandis que l'électricité passerait de 27 % à 38 % sur la même période et que la consommation électrique augmenterait d'environ 40 % entre 2023 et 2035. Côté bâtiment, les mesures sont concrètes : arrêt des raccordements au gaz dans les constructions neuves à l'horizon 2027, avec un décret en consultation ; conditionnement de MaPrimeRénov' aux solutions électriques depuis le 1er septembre 2026, une rénovation d'ampleur aidée ne pouvant plus conserver une chaudière à gaz après travaux ; et objectif d'un million de pompes à chaleur produites en France chaque année d'ici 2030. Les aides publiques dédiées à l'électrification doivent passer d'environ 5,5 à 10 milliards d'euros par an d'ici la fin de la décennie.
Le signal le plus direct pour la filière reste le programme des « 100 territoires pionniers de l'électrification », lancé à l'été 2026. Ces collectivités volontaires doivent tester une sortie accélérée du gaz — de l'ordre de quatre ans — pour le chauffage résidentiel et tertiaire, avec un accompagnement financier et technique dédié. Aucun représentant de GRDF, d'Engie ou de France Gaz n'a été convié à la réunion de lancement de « Team France électrification » le 26 mai, ce que le secteur a interprété comme une mise à l'écart de son expertise dans la construction du calendrier.
Le coût des réseaux au cœur de la controverse
Les gaziers concentrent leur critique sur la facture d'adaptation du système électrique. Le gestionnaire du réseau de transport RTE a obtenu en février 2026 le feu vert de la Commission de régulation de l'énergie pour un programme d'investissement d'environ 100 milliards d'euros d'ici 2040 ; tous réseaux électriques confondus, le total avancé approche 200 milliards. Ces dépenses sont répercutées via le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (TURPE), qui représente déjà près d'un tiers d'une facture d'électricité et dont une première hausse est entrée en vigueur au 1er août 2026. Le secteur gazier avance par ailleurs qu'un basculement complet du parc de logements chauffés au gaz vers le tout-électrique ajouterait de l'ordre de 10 gigawatts d'appel de puissance à la pointe hivernale, soit l'équivalent d'une dizaine de réacteurs nucléaires.
Face à cela, la filière met en avant sa propre trajectoire de décarbonation. La France a injecté 13,6 térawattheures de biométhane dans ses réseaux en 2025, à partir de plus de 800 sites de méthanisation, devenant le premier producteur européen devant l'Allemagne ; la programmation énergétique vise 44 TWh en 2030 et GRDF table sur environ 20 % de gaz renouvelable dans ses réseaux à cette échéance. Dans une note de position publiée en mars 2026, GRDF défend aussi les pompes à chaleur hybrides — électriques la majeure partie de l'année, avec bascule sur le gaz lors des vagues de froid — pour écrêter la pointe électrique, ainsi que la conversion progressive de canalisations existantes vers l'hydrogène ou le biométhane. Le gestionnaire chiffre ces adaptations à 6 à 9,7 milliards d'euros d'ici 2050, un ordre de grandeur sans commune mesure avec les programmes électriques.
Un arbitrage réglementaire encore ouvert
Le débat se joue désormais sur des textes précis : décret sur le gaz dans les constructions neuves, troisième stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) et troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3), toujours en cours de finalisation. Des bailleurs sociaux et certaines collectivités demandent des garanties sur la maîtrise des coûts pour les ménages avant toute conversion massive du chauffage. Le congrès France Gaz, réuni le 22 septembre 2026 à Paris sous l'intitulé « l'autre voie de la décarbonation », doit servir de tribune à la filière pour défendre un mix conservant une place au gaz vert. Pour l'exécutif, la priorité reste d'installer l'électrification décarbonée comme socle de la compétitivité et de l'indépendance énergétique françaises : la question n'est plus de savoir si la consommation de gaz recule, mais à quel rythme et à quel prix pour le consommateur.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.