Incendies 2026 : le débroussaillement légal a sauvé les centrales solaires de Gironde et du Var
Cernées par les feux de l'été 2026 en Gironde et dans le Var, les centrales solaires exploitées par Neoen, Valeco-EnBW et Valorem ont toutes tenu. Leurs exploitants attribuent ce résultat au respect des obligations légales de débroussaillement (OLD), ces bandes déboisées de 50 mètres imposées autour des parcs installés en lisière de forêt. À Cestas, plus grande centrale photovoltaïque de France, le feu n'a progressé que de quelques mètres sous les panneaux avant d'être stoppé, et le site a été reconnecté au réseau en moins de 24 heures. Un test grandeur nature pour un cadre réglementaire renforcé par la loi du 10 juillet 2023, alors que le solaire au sol s'étend dans des régions de plus en plus exposées au risque incendie.
Depuis le 22 juillet 2026, l'incendie de Gironde a parcouru plus de 42 000 hectares de pinède, la plus vaste surface forestière brûlée en France depuis le feu des Landes de Gascogne de 1949. Dans la nuit du 26 au 27 juillet, un front venu de l'ouest a atteint la clôture de la centrale solaire de Cestas, exploitée par Neoen qui en détient environ 40 %. Étendue sur près de 260 hectares pour une puissance de 300 mégawatts-crête, c'est la plus grande installation photovoltaïque du pays. Trente-quatre sapeurs-pompiers dépêchés de Genève en renfort ont été engagés sur le site d'une heure à six heures du matin pour contenir la propagation.
Le bilan matériel est resté limité. Les modules eux-mêmes ont été épargnés ; les dégâts se concentrent sur quelques coffrets de jonction en bout de rangée et des câbles souterrains, le poste source restant à vérifier. Après un arrêt d'urgence demandé pendant l'épisode, la centrale a été reconnectée au réseau dès le dimanche, soit moins de vingt-quatre heures après le passage du feu. Le sinistre a progressé de seulement quelques mètres sous les tables de panneaux avant de s'éteindre, faute de combustible.
Les bandes de débroussaillage alentour et la tonte régulière à l'intérieur l'ont préservée. Le feu n'a pénétré que quelques mètres sous les panneaux. — Guillaume Decaen, directeur général des opérations de Neoen
Un pare-feu réglementaire de cinquante mètres
Les obligations légales de débroussaillement découlent du Code forestier. Elles s'appliquent aux bois, landes, maquis et garrigues exposés au risque d'incendie ainsi qu'à leur zone périphérique, jusqu'à 200 mètres. Concrètement, un parc solaire implanté à moins de 200 mètres d'un massif doit maintenir une bande débroussaillée d'au moins 50 mètres autour de sa clôture, portée jusqu'à 100 mètres selon l'analyse de risque conduite par la préfecture. L'objectif est de rompre la continuité du couvert végétal, de priver le feu de matière et de laisser aux équipes de lutte un espace praticable. À Cestas, cette bande est complétée par de l'éco-pâturage : des moutons entretiennent la végétation basse sous les panneaux et abaissent la charge combustible en continu.
Le même retour d'expérience remonte du Var, où l'incendie parti de Pontevès le 21 juillet a parcouru environ 6 300 hectares et traversé plusieurs communes, dont Châteauvert. Valeco, filiale de l'allemand EnBW, et Valorem, tous deux exploitants de centrales dans le département, font le même constat que Neoen : OLD à jour, réserves d'eau accessibles aux pompiers, pistes carrossables entretenues et plans de site transmis aux services d'incendie avant la saison à risque. Dans ces conditions, un parc débroussaillé fonctionne comme une coupure dans le paysage plutôt que comme un point de fragilité.
Une obligation encore inégalement appliquée
Le dispositif a été durci par la loi du 10 juillet 2023 relative à la prévention et à la lutte contre l'intensification et l'extension du risque incendie, précisée par décret en avril 2024. Depuis le 1er janvier 2025, tout vendeur ou bailleur d'un bien situé en zone exposée doit informer l'acquéreur ou le locataire des OLD qui s'y attachent. Les sanctions en cas de manquement peuvent atteindre 50 euros par mètre carré non débroussaillé, avec un minimum de 1 500 euros, assortis d'une astreinte pouvant aller jusqu'à 100 euros par jour, de travaux exécutés d'office aux frais du propriétaire et d'une majoration possible de la franchise d'assurance. Le taux de respect reste pourtant faible chez les particuliers, souvent estimé autour de 30 %. Les gestionnaires d'infrastructures énergétiques, soumis par ailleurs aux contrôles liés aux installations classées et aux exigences de leurs assureurs, figurent parmi les acteurs les mieux préparés.
L'enjeu dépasse le cas de quelques sites. Le photovoltaïque au sol occupe fréquemment d'anciennes parcelles forestières, des friches ou des terrains de garrigue en zone méditerranéenne et landaise, c'est-à-dire les secteurs les plus exposés. Depuis 2024, les projets de plus de 25 hectares en zone forestière sont soumis à des règles plus strictes et l'implantation quasi automatique sur des parcelles récemment brûlées est écartée. Les étés 2025 et 2026 fournissent désormais des cas documentés montrant qu'une centrale correctement entretenue traverse un passage de feu sans dommage structurel.
Reste à généraliser ces pratiques et à mieux les partager. Les exploitants plaident pour une coordination renforcée en amont avec les services départementaux d'incendie et de secours : reconnaissance des sites hors période de crise, formation aux risques électriques propres à ces installations, où onduleurs, transformateurs et câbles peuvent rester sous tension même après un arrêt. À mesure que les surfaces solaires s'étendent et que les saisons de feux s'allongent, la résilience des parcs s'impose comme un critère d'aménagement à part entière, au même titre que le productible ou l'accès au réseau.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.