Électricité : l'Italie veut plafonner le prix du gaz de ses centrales dès 2027
Rome prépare, pour janvier 2027, un plafond d'environ 60 €/MWh sur le gaz brûlé par ses centrales électriques, sur le modèle de l'exception ibérique de 2022. L'objectif affiché est une baisse d'au moins 10 % du prix de gros de l'électricité. Un accord de principe a été trouvé avec la Commission, mais l'aide d'État reste à notifier. Pour la France, où le gaz fixe le prix de l'électricité bien moins souvent, le dispositif sert de test grandeur nature d'une régulation du marché de gros.
L'Italie s'apprête à tenter ce que l'Espagne et le Portugal ont expérimenté en 2022 : intervenir non pas sur le prix payé par les ménages, mais sur le coût du combustible des centrales à gaz, pour tirer vers le bas le prix de gros de l'électricité. Selon les informations relayées par la presse italienne et par Révolution Énergétique, le gouvernement de Giorgia Meloni vise une entrée en vigueur en janvier 2027, dans le cadre du décret « Bollette » consacré aux factures d'énergie.
Un plafond d'environ 60 €/MWh sur le gaz des centrales
Le dispositif concernerait uniquement le gaz utilisé pour produire de l'électricité, et non le gaz consommé par l'industrie ou les particuliers. Les chiffres rapportés tournent autour de 59 à 60 €/MWh, ce niveau servant à la fois de plafond et de seuil de déclenchement. Lorsque le prix du gaz dépasse cette limite, l'écart serait compensé par l'État auprès des producteurs, de sorte que ces derniers n'ont plus à répercuter le surcoût dans leurs offres sur le marché. Le mécanisme serait appliqué pour une période transitoire d'au moins un an.
Les détails restent mouvants selon les sources : certaines évoquent des taux de couverture différents ou d'autres seuils de référence. Rome doit encore notifier l'aide d'État à Bruxelles, et le texte définitif du décret fera foi. L'accord de principe de la Commission, obtenu à la mi-octobre en marge du Conseil européen, n'équivaut pas à une autorisation formelle.
Pourquoi l'Italie est particulièrement exposée
Le calcul tient à la structure du système électrique italien. Le gaz y fixe le prix de l'électricité plus de 70 % du temps, contre environ 20 % en France, où le nucléaire, l'hydraulique et les renouvelables fixent plus souvent le prix marginal. Quand le gaz s'échange autour de 90 €/MWh, comme c'est le cas actuellement, et autour de 70 €/MWh pour les contrats 2027, cette dépendance se répercute directement sur le prix de gros italien, qui figure parmi les plus élevés d'Europe.
Le gouvernement italien estime que l'effet combiné du plafond et d'autres mesures du décret pourrait réduire le prix de gros d'au moins 10 %. L'objectif affiché est que cette baisse profite aux ménages dont le contrat est indexé sur les prix de gros, un type de contrat rare en France mais courant en Italie.
L'exception ibérique, validée par la justice européenne
Le modèle de référence est celui adopté en juin 2022 par l'Espagne et le Portugal, qui avaient plafonné à 40 €/MWh le gaz de leurs centrales. À l'époque, l'écart entre le plafond et le prix de marché dépassait 80 €/MWh. Le 22 octobre 2026, la Cour de justice de l'Union européenne a rejeté le pourvoi de cinq fabricants d'emballages contestant l'autorisation accordée à la péninsule ibérique. Selon la Cour, la mesure visait le prix de gros ; une baisse pour les consommateurs finaux n'en était qu'une conséquence possible, sans garantie.
L'écart serait cette fois bien plus modeste : environ une trentaine d'euros entre le plafond et le marché, contre plus de 80 € en 2022. Le coût budgétaire pour l'État s'en trouverait mécaniquement réduit, mais l'effet sur les prix aussi.
Les réserves : subvention déguisée et exportations
Le dispositif ne fait pas l'unanimité. Eurelectric, qui représente les électriciens européens, a demandé aux ministres de l'énergie de ne pas suivre l'Italie avant le Conseil Énergie de Luxembourg, jugeant ces plafonds « de facto des subventions aux centrales à gaz ». Le lobby estime aussi que l'exception ibérique se justifiait par la faible interconnexion de la péninsule, ce qui n'est pas le cas de l'Italie.
Ce point est central : un pays bien interconnecté risque d'exporter une partie de l'avantage de prix vers ses voisins, tandis que le coût reste à la charge de son budget. Le cabinet d'analyse Montel estime ainsi que le dispositif italien devrait exclure les exportations. Les réserves de gaz européennes étant par ailleurs faibles, un hiver froid pourrait aussi tendre à nouveau les prix et mettre le dispositif à l'épreuve dès son lancement.
Ce que cela change pour les lecteurs français et européens
Pour la France, l'enjeu est indirect mais réel. Le mix français rend le gaz moins déterminant dans la formation des prix, mais les marchés sont couplés : un plafond italien peut modifier les flux transfrontaliers et les prix aux interconnexions. Au niveau européen, l'expérience italienne servira de test de la réforme du marché de gros : faut-il traiter la dépendance au gaz par une subvention ciblée sur le combustible, ou en accélérant les renouvelables, le stockage et les interconnexions qui réduisent la fréquence à laquelle le gaz fixe le prix ? La réponse dépendra des résultats observés après janvier 2027.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.