Newcleo obtient le feu vert de l'ASNR pour son usine de combustible MOX à Nogent-sur-Seine
L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a rendu un avis positif sur le dossier d'options de sûreté de Newcleo pour sa future usine de fabrication de combustible MOX. Cette usine doit alimenter le réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb que la startup franco-italienne développe près de la centrale de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube. L'entreprise vise désormais le dépôt d'une demande d'autorisation de construction d'ici fin 2026, avec un objectif de mise en service du premier réacteur en France en 2032.
Le 13 juillet 2026, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a publié son avis sur le dossier d'options de sûreté déposé par Newcleo en décembre 2024. Verdict : les dispositions retenues par l'entreprise pour son usine de fabrication de combustible MOX (oxyde mixte d'uranium et de plutonium) répondent, à ce stade, aux objectifs de sûreté et au principe de défense en profondeur exigés par la réglementation française. Ce n'est pas encore un permis de construire, mais un jalon réglementaire déterminant avant la prochaine étape : la demande d'autorisation de création, que Newcleo prévoit de déposer avant la fin de l'année 2026, à la fois pour l'usine et pour le réacteur de démonstration qu'elle doit alimenter.
Un réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb
Contrairement aux réacteurs à eau pressurisée qui composent l'essentiel du parc français, la technologie développée par Newcleo repose sur un réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb liquide. Ce choix technique permet, en théorie, de faire fonctionner le cœur avec un combustible MOX capable de consommer une partie du plutonium et des actinides mineurs issus du retraitement des combustibles usés — une piste étudiée de longue date par la filière nucléaire française pour réduire le volume et la radiotoxicité à long terme des déchets, sans toutefois faire disparaître le besoin d'un stockage géologique. L'usine visée par l'avis de l'ASNR ne serait pas une usine de production industrielle dès le départ, mais une ligne pilote destinée à fabriquer les premiers assemblages de combustible pour les besoins d'essais du réacteur.
Le site retenu se trouve à proximité immédiate de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, déjà exploitée par EDF. Ce choix de localisation permet à Newcleo de s'appuyer sur un bassin d'emploi et une culture industrielle nucléaire existants, tout en restant à distance raisonnable des usines de La Hague et de Melox (Orano), qui dominent aujourd'hui le retraitement et la fabrication de MOX en France pour les réacteurs conventionnels.
Un calendrier resserré jusqu'à 2032
Newcleo affiche un calendrier ambitieux : un premier prototype non nucléaire doit être testé en Italie dès 2026 pour valider les aspects thermohydrauliques et mécaniques du concept, avant la construction du réacteur de démonstration français, dont la mise en service est visée pour 2032. Une décision finale d'investissement pour une première centrale commerciale est quant à elle attendue autour de 2029, sous réserve des autorisations obtenues d'ici là. L'ASNR n'a toutefois pas donné un blanc-seing complet : l'autorité a demandé à Newcleo des compléments de justification sur plusieurs points sensibles avant l'autorisation de construction, notamment la résistance de l'installation à une chute d'avion, l'analyse des risques d'incendie et la démonstration du confinement des matières radioactives.
Sur le plan industriel, Newcleo revendique une ambition qui dépasse le seul marché français : l'entreprise, fondée en 2021 par l'ancien directeur de la R&D nucléaire d'Ansaldo Stefano Buono, veut proposer une gamme de petits réacteurs modulaires (SMR) capables à la fois de produire de l'électricité bas carbone et de valoriser une partie des stocks de plutonium civil accumulés en Europe depuis des décennies.
Un financement qui bascule vers le privé
Le communiqué de Newcleo publié le 17 juillet 2026 précise un second volet, moins technique mais tout aussi structurant : les montants levés par l'entreprise et l'avancement de ses projets ont désormais dépassé le périmètre initial du soutien apporté via le plan France 2030, ce qui conduit à une évolution de la nature de sa collaboration avec les institutions françaises vers des formats plus classiques de suivi réglementaire et industriel. En parallèle, Newcleo a engagé une opération de fusion avec une société d'acquisition à vocation spécifique (SPAC) en vue d'une cotation aux États-Unis, une manière de sécuriser les capitaux nécessaires — de l'ordre de plusieurs milliards d'euros à terme — pour financer la suite du programme, de l'usine pilote jusqu'au premier réacteur commercial.
Pour la France, ce dossier s'inscrit dans un mouvement plus large de relance de la filière nucléaire, entre prolongation des réacteurs existants, projets d'EPR2 portés par EDF et multiplication des paris sur les petits réacteurs modulaires. Newcleo n'est pas le seul acteur européen sur ce créneau, mais l'avis positif de l'ASNR en fait, à ce stade, l'un des projets de réacteur à neutrons rapides les plus avancés sur le plan réglementaire en France — sans pour autant garantir que les prochaines étapes, en particulier l'autorisation de construction proprement dite, seront acquises aussi rapidement que le calendrier de l'entreprise le prévoit.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.world-nuclear-news.org/articles/newcleo-advances-mox-fuel-licensing-in-france
- https://www.globenewswire.com/news-release/2026/07/17/3329250/0/en/newcleo-advances-MOX-fuel-licensing-in-France-and-enters-new-collaboration-phase-with-French-authorities.html
- https://www.nucnet.org/news/newcleo-advances-licensing-process-for-mox-nuclear-fuel-facility-in-france-7-1-2026