Nvidia et le coût carbone de l'IA : +87 % d'émissions en un an
Nvidia, dont la valorisation boursière a franchi les 5 000 milliards de dollars portée par la demande mondiale de puces IA, a vu ses émissions de gaz à effet de serre bondir de 87 % sur son dernier exercice fiscal, passant de 3,8 à 7,15 millions de tonnes de CO2 équivalent, selon son propre rapport de durabilité. Cette hausse illustre le décalage croissant entre les engagements climatiques affichés par les géants de la tech et la réalité énergétique et hydrique de la course à l'IA. En France, où les émissions liées aux data centers ont bondi de 23 % en un an, et plus largement en Europe où leur consommation électrique doit fortement augmenter d'ici 2030, ce constat interroge directement les choix énergétiques qui accompagnent le déploiement massif de l'IA.
Le rapport de durabilité de l'exercice fiscal 2025 (clos fin janvier), publié par Nvidia, dresse un contraste frappant : au moment même où l'entreprise californienne franchissait la barre symbolique des 5 000 milliards de dollars de valorisation boursière, portée par la ruée mondiale vers les puces d'intelligence artificielle, son empreinte carbone a presque doublé. Les émissions liées directement à ses opérations et à son électricité (scopes 1 et 2) sont passées de 3,8 à 7,15 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit une hausse de 87 % en un an. Nvidia identifie par ailleurs sa chaîne de fabrication de semi-conducteurs, sous-traitée notamment à TSMC à Taïwan, comme la composante la plus lourde et la plus difficile à réduire de son bilan carbone global (scope 3).
La fabrication des puces, angle mort du bilan carbone
Contrairement à des centres de données dont l'alimentation peut être verdie via des contrats d'énergie renouvelable, la gravure des puces avancées reste un procédé intrinsèquement énergivore et gourmand en eau ultra-pure, utilisée pour rincer les plaquettes de silicium à chaque étape de lithographie. Les nouveaux clusters de fonderies construits à Taïwan et en Corée du Sud pour répondre à la demande de puces Nvidia mobilisent des volumes d'eau comparables à ceux de villes moyennes, un enjeu de ressource que les rapports de durabilité du secteur commencent tout juste à documenter de façon précise et comparable.
Nvidia affirme de son côté avoir atteint 100 % d'électricité renouvelable pour les data centers et bureaux sous son contrôle opérationnel direct, et investit dans le refroidissement liquide en boucle fermée pour réduire la consommation d'eau de ses propres infrastructures. Mais cet effort ne couvre qu'une fraction du problème : l'essentiel de l'empreinte du groupe se situe en amont, chez ses fondeurs, et en aval, chez les opérateurs de data centers qui déploient ses GPU à très grande échelle pour entraîner et faire tourner des modèles d'IA générative.
En France, les data centers consomment aujourd'hui entre 4 et 6 TWh d'électricité par an, soit environ 1 à 1,5 % de la production nationale — un chiffre que les gestionnaires de réseau voient grimper avec l'essor de l'IA générative. Les émissions de gaz à effet de serre associées à ces infrastructures ont bondi de 23 % en un an pour atteindre environ 178 000 tonnes de CO2, une trajectoire qui, toutes proportions gardées, rappelle celle observée chez Nvidia. À l'échelle de l'Union européenne, la consommation électrique des data centers est projetée en forte hausse d'ici 2030, sous l'effet conjugué de l'IA et du cloud.
Cette dynamique nourrit un débat désormais très concret côté français et européen : comment concilier l'attractivité économique de l'IA — et les investissements dans de nouveaux data centers annoncés en France ces derniers mois — avec la trajectoire de décarbonation du secteur électrique. Le mix électrique français, largement décarboné grâce au nucléaire, offre un avantage comparatif pour héberger des data centers à faible intensité carbone par rapport à des pays plus dépendants du charbon ou du gaz. Il ne règle en revanche ni la question de l'eau, ni celle de l'empreinte amont liée à la fabrication des puces elles-mêmes, très majoritairement importées d'Asie.
Reste que les acteurs du secteur, Nvidia en tête, misent sur l'efficacité : les dernières générations de puces promettent davantage de calcul par watt consommé, et l'entreprise publie désormais chaque année ses indicateurs de durabilité, permettant un suivi indépendant de sa trajectoire d'une année sur l'autre. De quoi nourrir, pour les prochains rapports, une comparaison plus fine entre la croissance de la puissance de calcul déployée dans le monde et celle de l'empreinte environnementale qui l'accompagne.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.