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Prolongateur d'autonomie : en Chine, le moteur thermique devient un simple filet de sécurité — et le sujet arrive en France

En Chine, les voitures électriques à prolongateur d'autonomie (EREV) embarquent des batteries de plus en plus imposantes — jusqu'à 80 kWh, presque autant qu'un véhicule 100 % électrique — au point que plus de 90 % de leurs propriétaires les utilisent quasiment comme des voitures tout électriques, le petit moteur thermique ne servant plus que de filet de sécurité. Une nouvelle norme chinoise entrée en vigueur en novembre 2026 encadre ce marché qui a dépassé le million de ventes annuelles. Le sujet n'est plus purement chinois : Leapmotor, adossé à Stellantis, commercialise depuis février 2026 un SUV à prolongateur en France, et Renault a inscrit la même technologie dans son plan stratégique futuREady pour viser jusqu'à 1 400 km d'autonomie combinée sous 25 g de CO2/km.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
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XINWA
time lapse photography of cars on road during night time
ÉnergiePhoto d'illustration : Markus Spiske /Unsplash

Un véhicule à prolongateur d'autonomie (EREV, pour Extended-Range Electric Vehicle) roule toujours sur son moteur électrique : la partie thermique n'entraîne jamais les roues, elle se contente de faire tourner un petit générateur qui recharge la batterie une fois celle-ci épuisée. Le principe existe depuis le début des années 2020, popularisé en Chine par Li Auto, mais un basculement s'est opéré en 2026 : les batteries embarquées sont devenues si grandes qu'elles rivalisent désormais avec celles de nombreux véhicules 100 % électriques. L'Aito M9 (coentreprise avec Huawei) embarque 75,4 kWh pour 422 km d'autonomie électrique en cycle CLTC, le Leapmotor D19 monte à 80,3 kWh pour 500 km, et le Xiaomi Skynomad N70 revendique 76 kWh pour 505 km — contre des packs d'environ 60 kWh et 400 km à peine un an plus tôt.

Conséquence directe de cette inflation de capacité : le moteur thermique sert de moins en moins. Selon les données constructeurs compilées par le média spécialisé CarNewsChina, plus de 90 % des propriétaires d'EREV chinois utilisent leur véhicule au quotidien exactement comme une voiture électrique, et 70 % d'entre eux ne font le plein d'essence qu'une fois tous les six mois ou moins. Le bloc thermique — souvent un simple trois ou quatre cylindres d'1 à 1,5 litre couplé à un générateur — n'intervient plus que sur les trajets longs, en hiver, ou comme filet de sécurité psychologique contre la panne sèche. Le marché a suivi : BYD, Aito, Leapmotor, Zeekr et IM Motors se sont ajoutés à Li Auto, portant les ventes chinoises d'EREV au-delà du million d'unités en 2024, puis à 1,2 million en 2025.

Une norme technique pour un marché arrivé à maturité

Cette croissance a poussé Pékin à réviser le cadre réglementaire encadrant les prolongateurs, resté inchangé depuis huit ans. La nouvelle norme QC/T 1086-2026, qui entre en vigueur le 1er novembre 2026, transforme des exigences jusqu'ici qualitatives en seuils mesurables : précision de régime imposée aux générateurs (±1,5 kW pour les modèles de 50 kW ou moins, ±3 % au-delà), nouveaux tests de compatibilité électromagnétique et de bruit/vibration, et deux bancs d'endurance inédits — 750 heures de charge alternée et 100 000 cycles démarrage/arrêt, censés simuler environ 300 000 km d'usage réel. Le signal envoyé est clair : le prolongateur n'est plus un simple groupe électrogène de secours mais un composant à part entière du système de gestion d'énergie, avec des exigences de fiabilité industrielle.

Pourquoi, dans ce cas, les constructeurs conservent-ils un moteur thermique de moins en moins sollicité plutôt que de basculer vers des batteries plus grandes encore ? D'abord parce qu'il reste nettement moins coûteux qu'une batterie supplémentaire de 20 ou 30 kWh, surtout tant que les cellules solides ou semi-solides — plus denses mais encore chères — ne sont pas produites à grande échelle. Ensuite parce qu'il rassure une partie de la clientèle sur les trajets longs ou par grand froid, quand l'autonomie électrique réelle chute. C'est précisément ce décalage entre l'usage mesuré (quasi exclusivement électrique) et la fonction affichée (autonomie illimitée grâce à l'essence) qui a fait dire à certains observateurs chinois que le moteur thermique agit désormais surtout comme argument commercial, plus que comme nécessité technique.

Le sujet arrive aussi sur les routes françaises

Ce débat n'est plus cantonné à la Chine. Depuis le 23 février 2026, Leapmotor — dont Stellantis distribue les modèles en Europe via une coentreprise — commercialise en France le SUV B10 New e-Hybrid à partir de 29 900 euros. Sa configuration illustre un rapport de forces inverse à celui observé chez les modèles chinois haut de gamme : une petite batterie de 18,8 kWh offre seulement 86 km d'autonomie en tout électrique (cycle WLTP), le générateur essence de 1,5 litre et 50 kW prenant le relais pour atteindre 900 km cumulés. Autrement dit, le marché français découvre pour l'instant une version de l'EREV où le moteur thermique travaille beaucoup plus qu'en Chine — la bascule vers des packs plus généreux n'y est pas encore engagée. XPeng a de son côté lancé, les 8 et 9 janvier 2026 à Pékin puis à Bruxelles, les versions à prolongateur de ses P7+ et G7 dans le cadre d'un déploiement annoncé sur 36 marchés, le G7 EREV revendiquant 430 km électriques et 1 704 km cumulés.

Renault a pris acte de cette dynamique dans son plan stratégique futuREady, présenté le 10 mars 2026 : la marque au losange vise 100 % de ventes électrifiées en Europe d'ici 2030, réparties à parts sensiblement égales entre tout électrique et hybride, via 36 nouveaux modèles dont 16 électriques. Une nouvelle plateforme en 800 volts, développée avec la coentreprise Horse (Renault, Geely, Aramco), sera compatible avec des modules prolongateurs visant jusqu'à 1 400 km d'autonomie combinée et moins de 25 g de CO2/km — une trajectoire rendue possible, selon Renault, par l'assouplissement récent du calendrier européen vers la neutralité carbone en 2035, qui laisse davantage de place aux solutions hybrides dans la transition.

Reste une question de calendrier plus que de principe : les batteries semi-solides et solides, attendues sur quelques modèles haut de gamme dès 2027, pourraient faire franchir aux véhicules 100 % électriques la barre des 1 000 km d'autonomie WLTP, rendant à terme moins pertinent l'argument du prolongateur. En attendant cette échéance, et tant que les réseaux de recharge restent inégaux — denses dans les métropoles chinoises et européennes, plus clairsemés ailleurs — le petit moteur thermique conserve une utilité réelle pour sécuriser l'usage longue distance, même si les chiffres d'utilisation montrent qu'il tourne de moins en moins.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

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