Électrification de l'industrie : un rapport parlementaire trace 29 pistes pour la souveraineté énergétique française
Remis mi-juillet 2026 au Premier ministre Sébastien Lecornu, le rapport « Produire en France avec l'énergie de France », rédigé par le député Raphaël Schellenberger et l'ingénieure Sandrine Robert sur mission du ministre de l'Économie Roland Lescure, dresse un paradoxe : la France a exporté un record de 90 TWh d'électricité décarbonée en 2025 pendant qu'EDF réduisait sa production nucléaire faute de débouchés, alors que l'électrification du parc industriel plafonne autour de 37 %. Les 29 recommandations visent à transformer cette abondance électrique en avantage industriel : fonds de garantie via Bpifrance pour les investissements des PME et ETI, priorité de raccordement aux usines existantes plutôt qu'aux nouveaux data centers, ou refonte des schémas régionaux de raccordement pour anticiper la demande future. Le rapport propose ainsi d'ériger l'électrification en politique industrielle à part entière, au-delà du seul enjeu climatique.
Le paradoxe n'est pas nouveau, mais il atteint une ampleur inédite : selon le rapport « Produire en France avec l'énergie de France », les exportations françaises d'électricité ont rapporté plus de 5 milliards d'euros en 2025, tandis qu'EDF a dû renoncer à environ 30 TWh de production nucléaire faute de débouchés suffisants sur le marché intérieur. Dans le même temps, l'électrification du parc industriel français plafonne à 37 %, un niveau jugé insuffisant par la mission confiée en janvier 2026 par le ministre de l'Économie Roland Lescure au député du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger, épaulé par l'ingénieure Sandrine Robert. Choisi pour son expertise énergétique — il avait présidé en 2022-2023 la commission d'enquête parlementaire sur la souveraineté énergétique, née de la crise de disponibilité du parc nucléaire —, le député a mené six mois de déplacements « au plus près du terrain » avant de remettre son rapport le 20 juillet 2026 au Premier ministre Sébastien Lecornu.
Le constat chiffré est sans appel : sur les quelque 210 TWh consommés chaque année par l'industrie française, une part encore marginale provient de l'électricité, alors que la moitié des usages fossiles dans les procédés fortement consommateurs de chaleur — agroalimentaire, chimie, papier, textile — pourrait techniquement basculer vers l'électrique. RTE, de son côté, a recensé 50 projets industriels susceptibles d'augmenter significativement la consommation électrique nationale, elle-même encore inférieure de 6 % à son niveau d'avant-Covid. Le rapport en tire une conclusion directrice : le problème n'est pas un manque d'offre électrique, mais un défaut d'organisation de la demande industrielle.
Un goulot d'étranglement administratif plus que physique
Les 29 recommandations s'attaquent en priorité à l'engorgement du système de raccordement. RTE traite aujourd'hui plus de 5 300 études exploratoires de raccordement, contre 260 seulement en 2019, pour un total de 30 GW de demandes en attente — un embouteillage que le rapport qualifie d'administratif plutôt que physique. Il propose de remplacer la logique de « premier arrivé, premier servi » par un principe de « premier prêt, premier servi », afin de ne plus geler des capacités réservées à des projets qui ne se concrétisent jamais. Autre levier : une priorité de raccordement donnée aux usines industrielles existantes plutôt qu'aux nouveaux data centers, dont l'appétit électrique croissant entre aujourd'hui en concurrence directe avec les besoins de réindustrialisation.
Le rapport recommande aussi de dépasser les schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR), jugés trop étroits, au profit de schémas régionaux plus larges (S3R) qui intégreraient dès leur conception la demande industrielle future et pas seulement l'injection de production renouvelable.
Il faut agir sur la demande et non sur l'offre.
Sécuriser l'investissement des PME et ETI
Le second axe du rapport vise le financement de la bascule électrique pour les entreprises de taille intermédiaire, souvent trop petites pour porter seules le risque d'un investissement industriel lourd. Il propose la création d'un fonds de garantie adossé à Bpifrance, destiné à sécuriser les prêts contractés pour électrifier des lignes de production, ainsi que le développement de montages en tiers-financement, où un investisseur externe porte le coût initial de l'équipement en échange d'un contrat d'usage. Le rapport suggère également d'adapter la fiscalité aux procédés électrifiés et d'organiser, via les chambres de commerce et d'industrie, un accompagnement ciblé d'environ 10 000 PME jugées prioritaires pour amorcer ce basculement.
En articulant ces leviers financiers et réglementaires, le rapport entend élever l'électrification industrielle au rang de politique de souveraineté à part entière, au même titre que la réindustrialisation ou l'indépendance énergétique, plutôt que de la cantonner à un objectif climatique parmi d'autres. Reste à Matignon et à Bercy à arbitrer lesquelles de ces 29 pistes seront reprises dans les prochains textes budgétaires ou réglementaires ; aucun calendrier de mise en œuvre n'a pour l'instant été rendu public.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://raphael-schellenberger.fr/rapport-sur-lelectrification-des-industries-francaises/
- https://www.connaissancedesenergies.org/afp/une-mission-sur-les-freins-lelectrification-de-lindustrie-confiee-au-depute-raphael-schellenberger-251217
- https://www.gazdaujourdhui.fr/industrie-un-rapport-appelle-letat-a-transformer-labondance-electrique-francaise-en-avantage-productif/