RE2020 : les seuils carbone de 2028 et 2031 vont redessiner la construction neuve en France
Le calendrier de durcissement de la RE2020, la réglementation qui encadre l'empreinte environnementale des bâtiments neufs en France, franchit une nouvelle étape avec les paliers prévus pour 2028 et 2031. Fixés par décret dès 2021, ces seuils imposeront une baisse continue de l'empreinte carbone de la construction, jusqu'à environ -35 % par rapport aux exigences d'origine. Réunis le 8 juillet 2026 à l'École 42 à Paris pour la deuxième édition des Rencontres Architectes & Ingénieurs, professionnels du bâtiment et experts du CTICM ont détaillé comment anticiper ces échéances sans faire exploser les coûts. Un chantier qui pousse déjà la filière à revoir en profondeur ses choix de matériaux et de conception.
Entrée en vigueur en 2022, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) ne s'est jamais figée : le décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021, qui l'institue, prévoit dès l'origine un phasage en trois temps, avec des seuils carbone qui se resserrent en 2025, puis en 2028 et 2031. Après le premier abaissement entré en application au 1er janvier 2025, c'est désormais l'échéance 2028 qui occupe la filière du bâtiment — et le palier 2031, perçu comme le plus exigeant, qui commence à structurer les choix de conception dès aujourd'hui.
Un tiers d'émissions en moins en dix ans
Les chiffres publiés par l'Ordre des architectes donnent la mesure du resserrement. Pour l'indicateur Ic Construction (l'empreinte carbone des matériaux et systèmes constructifs, exprimée en kg éq. CO2/m²), les maisons individuelles et accolées passent de 530 en 2025 à 475 en 2028, puis 415 en 2031. Pour les logements collectifs, le seuil recule de 650 à 580, puis 490 sur la même période. Sur l'indicateur Ic Énergie, qui mesure l'impact carbone des consommations d'énergie du bâtiment, le collectif raccordé à un réseau de chaleur urbain voit son plafond baisser de 320 à 260 kg éq. CO2/m² entre 2025 et 2028, quand celui des maisons individuelles reste stable à 160.
Mis bout à bout, ce phasage vise une réduction de plus de 30 % des émissions du secteur de la construction neuve par rapport aux seuils d'entrée en vigueur de la RE2020, selon les objectifs affichés par le texte réglementaire. Le calendrier progressif poursuit un double objectif : laisser aux acteurs de la construction le temps d'assimiler les nouvelles méthodes d'analyse de cycle de vie, et améliorer au fil des années la qualité des données environnementales disponibles sur les produits de construction — un chantier de fiabilisation statistique presque aussi lourd que le chantier réglementaire lui-même.
Anticiper plutôt que subir : le message des Rencontres Architectes & Ingénieurs
C'est précisément ce décalage entre calendrier réglementaire et temps réel de conception qu'ont voulu combler Construction21 et le CTICM (Centre technique industriel de la construction métallique) le 8 juillet 2026, à l'École 42 à Paris. Pour la deuxième édition de leurs Rencontres Architectes & Ingénieurs, l'après-midi a réuni tables rondes, retours d'expérience et interventions courtes d'experts autour d'une question concrète : comment atteindre les seuils 2028 et 2031 sans dérapage de coût ni de délai, alors que les marges de manœuvre techniques se réduisent à mesure que les plafonds carbone baissent.
Les échanges ont porté sur les leviers déjà mobilisables — traçabilité des données environnementales des matériaux, réemploi de composants de construction, mixité des matériaux structurels — avec, en guise d'étude de cas grandeur nature, le bâtiment même qui accueillait l'événement : l'École 42, rénovation récente devenue vitrine de mixité constructive dans le nord de Paris. Du côté du CTICM, dont la mission porte sur la construction métallique, l'enjeu est aussi de crédibiliser l'acier bas-carbone et les structures mixtes acier-bois face à la montée en puissance des matériaux biosourcés que la RE2020 encourage de plus en plus fortement à mesure que les seuils se resserrent.
Ce resserrement inquiète une partie de la profession. Lors d'un événement comparable, l'EnerJ-Meeting, en février 2026, des représentants du ministère de la Transition écologique et du bureau d'études Tribu Énergie évoquaient déjà la marche que représente le palier 2031, jugée par certains acteurs de la filière particulièrement haute à franchir sans repenser en profondeur les modes constructifs — au-delà du seul choix des matériaux, c'est la conception même des bâtiments, leur compacité et leur sobriété énergétique passive, qui devront évoluer.
Pour les architectes et bureaux d'études présents à l'École 42, le message des organisateurs a été clair : attendre l'échéance réglementaire pour s'y conformer n'est plus une option viable compte tenu des délais propres à un projet de construction, souvent supérieurs à deux ou trois ans entre conception et livraison. Un projet dont le permis est déposé aujourd'hui pourra très bien être livré après le franchissement du seuil 2028 — d'où l'insistance, pendant ces rencontres, sur l'anticipation dès la phase d'esquisse plutôt que sur un ajustement de dernière minute.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.