Renoa : une fibre issue de déchets textiles décroche une catégorie à part entière aux États-Unis
La start-up new-yorkaise Everbloom a obtenu de la Federal Trade Commission américaine la reconnaissance de « renoa » comme catégorie de fibre à part entière, la première depuis le PLA en 2002. Cette fibre est fabriquée à partir de déchets riches en kératine (chutes de cachemire et de laine, duvet) mélangés à un biopolymère biodégradable. Les premiers produits, des mélanges à environ 20 % de renoa, sont attendus au deuxième trimestre 2027. Pour l'Europe, qui impose désormais la collecte séparée des textiles usagés, l'enjeu est de savoir si de telles fibres régénérées à partir de déchets pourront trouver leur place dans les filières de recyclage et d'étiquetage.
Le monde du textile compte peu de nouvelles familles de fibres. Selon l'annonce relayée par FashionUnited en septembre 2026, la Federal Trade Commission (FTC) américaine a reconnu « renoa », développée par la start-up new-yorkaise Everbloom, comme catégorie de fibre à part entière pour l'habillement. Il s'agit de la première nouvelle catégorie reconnue par l'agence depuis le PLA (acide polylactique) en 2002, soit près de 25 ans. Everbloom avait déposé sa demande de nom générique auprès de la FTC le 30 juin 2026.
Une fibre fabriquée à partir de déchets de kératine
Renoa est une fibre régénérée à partir de déchets textiles riches en kératine, la protéine qui compose la laine, le cachemire ou les plumes. Selon TechCrunch, qui a pu manipuler des échantillons, Everbloom récupère des chutes de cachemire et de laine ainsi que le « duvet » résiduel de l'industrie de la literie. Les déchets sont broyés en poudre, mélangés à un biopolymère biodégradable, puis extrudés en fibres dont la longueur et le diamètre sont ajustés pour imiter une fibre naturelle précise.
Selon la description publiée par FashionUnited, la protéine est purifiée, renforcée structurellement puis transformée en fibres compatibles avec les infrastructures de filature existantes. C'est un point important : l'industrie n'aurait pas besoin de rééquiper ses usines pour travailler le matériau. La fibre est développée dans le laboratoire new-yorkais de l'entreprise et fabriquée aux États-Unis.
Le rôle de l'IA dans la conception
Everbloom s'appuie sur une plateforme maison, Braid.AI, un modèle de science des matériaux qui prédit les propriétés d'une fibre avant sa production. L'entreprise affirme avoir ainsi réduit un cycle de développement qui exigeait auparavant environ deux mois d'essais en laboratoire à deux semaines. Le développement de renoa a pris environ trois ans, et la start-up est désormais en phase de montée en échelle.
Le premier produit visé est un substitut au cachemire. Le journaliste de TechCrunch a testé un pull ras-du-cou, des gants et une écharpe. Il juge un mélange 80 % cachemire / 20 % renoa très proche du cachemire pur. Le PDG Sim Gulati affirme qu'une écharpe lavée et séchée en machine pendant des mois n'a présenté ni boulochage ni rétrécissement, et que la finition industrielle devrait réduire les différences restantes.
Des bénéfices environnementaux à relativiser
Everbloom met en avant des évaluations indépendantes réalisées par Boundless Impact Research & Analytics. Elles donneraient à renoa jusqu'à 99 % d'utilisation de terres et d'eau en moins que la soie, le cachemire ou la laine, et jusqu'à 92 % d'émissions de gaz à effet de serre en moins que le polyester bio-recyclé, la soie, le cachemire ou la laine. Ces chiffres proviennent de l'entreprise elle-même et n'ont pas, à notre connaissance, été reproduits par des tiers. La logique avancée est que l'on évite de recourir à l'élevage et aux pâturages. TechCrunch rappelle que l'élevage de chèvres cachemire dégrade les steppes d'Asie centrale.
Reste que les premiers produits seront des mélanges, avec environ 20 % de renoa dans un pull en cachemire. Le gain réel dépendra donc de la part de fibre vierge effectivement remplacée, et de la fin de vie de ces textiles mélangés, un sujet notoirement difficile pour le recyclage.
Calendrier et financement
Selon TechCrunch, le premier produit devrait arriver sur le marché au deuxième trimestre 2027. Everbloom évoque plusieurs programmes commerciaux en cours avec des marques non nommées et promet d'autres annonces de partenariats dans les prochains mois. La start-up a levé un tour mené par Hoxton Ventures, avec notamment SOSV, Breakthrough Energy et le Partnership Fund for New York City.
Pourquoi cela intéresse aussi l'Europe
La reconnaissance de la FTC vaut pour le marché américain : elle permet d'étiqueter et de vendre des textiles contenant renoa aux États-Unis. En Europe, les noms de fibres autorisés à l'étiquetage relèvent d'un cadre distinct, le règlement sur les dénominations textiles, et rien n'indique à ce stade qu'Everbloom ait engagé une démarche équivalente. L'annonce illustre néanmoins une tendance que suit de près la filière européenne, confrontée à l'obligation de collecte séparée des textiles usagés et au développement de la responsabilité élargie du producteur : transformer les chutes et déchets en nouvelles matières premières plutôt que les incinérer. Reste à voir si cette approche tiendra ses promesses à l'échelle industrielle.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.ftc.gov/system/files/ftc_gov/pdf/P002501GenericFiberApplicationEverbloom.pdf
- https://fashionunited.com/news/business/ftc-approves-renoa-the-first-new-apparel-fiber-category-in-nearly-25-years/2026091574644
- https://techcrunch.com/2026/11/01/heres-what-renoa-the-first-new-fiber-in-25-years-feels-like/