Paulownia : l'arbre qui promettait dix fois plus de CO2 capté que le chêne, recadré par la science
Présenté sur les réseaux sociaux comme un arbre miracle absorbant jusqu'à dix fois plus de CO2 qu'un chêne, le paulownia a déjà séduit des investisseurs sur plus de 5 000 hectares en France. Mais une étude publiée en 2023 dans la revue Plants, People, Planet a démonté l'argument d'une photosynthèse plus performante, et les chiffres record avancés par les promoteurs de plantations mesurent une croissance maximale sur quelques années, pas une performance générale comparable à un chêne adulte. L'essence reste par ailleurs exclue du Label Bas Carbone français, le dispositif officiel de certification carbone.
Le paulownia est devenu, ces derniers mois, l'un des arbres les plus commentés sur les réseaux sociaux et dans certains reportages : présenté comme capable d'absorber jusqu'à dix fois plus de dioxyde de carbone qu'un chêne, il incarnerait une solution rapide et spectaculaire pour compenser des émissions. Cette promesse a nourri un vrai mouvement de plantation en France et ailleurs en Europe, mais elle repose sur des extrapolations que la recherche scientifique ne confirme pas dans leur généralité.
Une photosynthèse pas si exceptionnelle
L'argument le plus souvent avancé pour justifier la supériorité du paulownia est qu'il utiliserait une photosynthèse de type C4, un mécanisme plus efficace en carbone que la photosynthèse C3 classique des arbres européens. Une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique Plants, People, Planet a examiné cette affirmation et n'a trouvé aucune donnée la confirmant : l'anatomie foliaire, la physiologie et les analyses d'isotopes stables des espèces de paulownia étudiées correspondent à une photosynthèse C3 standard, identique à celle du chêne ou du hêtre. Les auteurs pointent une chaîne de citations scientifiques inexactes, reprises d'article en article sans vérification, y compris dans des documents utilisés pour promouvoir des investissements dans des plantations.
Le second argument, la vitesse de croissance, est en revanche bien réel : un paulownia peut gagner plusieurs mètres par an et atteindre un diamètre exploitable en huit à douze ans, contre une vingtaine d'années pour un peuplier ou plusieurs décennies pour un chêne. Une étude japonaise de l'université Seikei, souvent citée par les promoteurs de plantations, avance jusqu'à 46,8 tonnes de CO2 captées par hectare et par an pour de jeunes paulownias en conditions optimales. Ce chiffre est mesuré sur la phase de croissance maximale, sous climat favorable et sol profond bien drainé — à comparer aux 4,8 tonnes par hectare et par an que l'Institut géographique national mesure en moyenne pour l'ensemble des forêts françaises, tous âges et toutes essences confondus. Comparer la performance d'un jeune arbre en conditions idéales à un chêne adulte revient à mélanger deux échelles de temps : le chêne stocke moins de carbone par an, mais dans un bois deux fois plus dense, sur une durée de vie bien plus longue.
Un marché de plantations plus rapide que la réglementation
Cette promesse a néanmoins trouvé son public. En France, plus de 5 000 hectares de paulownia auraient déjà été plantés ces dernières années, portés par des entreprises comme AB Paulownia, qui commercialisent des plants et s'engagent à racheter le bois transformé huit ans plus tard, ou par des opérateurs européens comme l'allemand WeGrow, actif en Espagne et en Allemagne.
« C'est l'arbre le plus vigoureux de la planète, il fixe nettement plus de CO2 que d'autres espèces d'arbres indigènes », affirme Peter Diessenbacher, cofondateur de l'entreprise de plantation WeGrow, cité par la télévision suisse RTS.
Ce modèle économique promet des rendements élevés — un investissement de l'ordre de 5 500 à 7 000 euros par hectare planté, pour une revente annoncée pouvant atteindre 80 000 euros huit ans plus tard — mais il comporte des angles morts documentés : une mortalité pouvant atteindre 30 % en climat continental, des besoins en irrigation qui peuvent dépasser 100 000 litres d'eau par hectare et par an dans les premières années, et l'usage de gaines plastiques qui pèse sur le bilan carbone réel du projet. Le paulownia reste par ailleurs exclu du Label Bas Carbone, le dispositif officiel français de certification des projets de séquestration, ce qui oblige les porteurs de projets à passer par des certifications privées ou le marché volontaire du carbone — un cadre moins standardisé, où l'organisme qui calcule la séquestration est parfois le même que celui qui vend les plants.
Rien n'indique que le paulownia soit un arbre à bannir : sa croissance rapide en fait une ressource intéressante pour produire du bois léger ou de la biomasse sur un temps court, et plusieurs parcelles plantées depuis une dizaine d'années en Allemagne sont aujourd'hui récoltées sans incident signalé. Mais les chiffres qui circulent sur sa capacité à capter dix fois plus de CO2 qu'un chêne relèvent d'une comparaison mal posée plutôt que d'une découverte scientifique : sur le temps long, une forêt de feuillus indigènes bien gérée reste, à ce jour, la valeur la plus sûre pour le stockage de carbone en Europe.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.