Électrification trop lente : RTE chiffre le surcoût pour le système électrique français
Dans son Bilan prévisionnel actualisé, RTE chiffre pour la première fois le prix d'une transition qui traîne : basculer d'une trajectoire d'électrification lente à une trajectoire rapide réduirait le coût complet du système électrique de 6 à 7 €/MWh. Le gestionnaire du réseau alerte sur un paradoxe : si la demande ne suit pas, producteurs nucléaires et renouvelables pourraient se retrouver en difficulté économique, au risque de devoir freiner de nouveaux projets bas carbone. Le vrai goulot d'étranglement identifié n'est pas la production, mais le raccordement : plus de 30 GW de projets industriels attendent toujours d'être connectés au réseau.
Dans la version actualisée de son Bilan prévisionnel, publiée fin 2025 pour la période 2026-2035, RTE chiffre pour la première fois avec précision le prix à payer si la France n'électrifie pas ses usages assez vite. Le gestionnaire du réseau de transport d'électricité met en regard deux trajectoires de consommation et un écart de coût système qu'il juge suffisamment significatif pour justifier une accélération des politiques publiques.
Deux trajectoires, un écart de 6 à 7 €/MWh
RTE distingue une trajectoire de « décarbonation lente », où la consommation électrique plafonnerait à 470 TWh en 2030 puis 505 TWh en 2035, d'une trajectoire « rapide », portée à 510 TWh en 2030 puis 580 TWh en 2035 — la seule compatible avec les objectifs climatiques et de réindustrialisation du pays. Selon les calculs du gestionnaire de réseau, basculer de la première trajectoire à la seconde réduirait le coût complet du système électrique de 6 à 7 €/MWh : les coûts fixes du réseau et des moyens de production bas carbone se répartiraient sur un volume d'électricité vendue plus important, un gain qui se répercute in fine sur la facture des consommateurs.
Le raisonnement inverse est celui qui inquiète RTE. Si la demande stagne alors que la capacité de production bas carbone continue de croître — la France a d'ailleurs battu un record d'exportations d'électricité au premier semestre 2026, signe d'une offre disponible qui ne trouve pas suffisamment preneur en interne — le coût de chaque mégawattheure produit se répartit sur un volume plus faible. RTE alerte sur le fait que les producteurs, qu'il s'agisse du parc nucléaire existant ou des nouvelles capacités renouvelables, se retrouveraient alors en difficulté économique, avec un risque paradoxal : devoir freiner le déploiement de nouvelles capacités bas carbone faute de débouchés, alors même que ces investissements restent nécessaires pour tenir les objectifs climatiques à plus long terme. Le rapport chiffre par ailleurs le besoin de flexibilité de la demande à 4-10,5 GW d'ici 2030 selon les scénarios, un levier que RTE qualifie de « sans regret » quelle que soit la trajectoire finalement suivie.
Notre rôle est de connecter la France à son avenir, devenir l'industriel au service des industriels pour tenir le rendez-vous de la transition énergétique.
Le vrai goulot d'étranglement : le raccordement, pas la production
Le rapport souligne que l'électricité bas carbone n'est pas le facteur limitant : elle est disponible et compétitive. Fin 2025, plus de 30 GW de droits de raccordement avaient déjà été accordés à des projets d'électrification industrielle — plusieurs fois la consommation industrielle actuelle du pays — sans que ces projets ne se concrétisent au rythme espéré. Pour lever ce goulot d'étranglement, RTE prévoit de faire évoluer, fin 2026, sa doctrine d'attribution des raccordements : le principe du « premier arrivé, premier servi » laissera place à un critère de « premier prêt, premier servi », qui priorisera les projets les plus avancés plutôt que les premiers déposés dans la file d'attente.
Concrètement, RTE prévoit d'ajouter 9 GW de capacité de raccordement dans les grands bassins industriels — Dunkerque, Le Havre, Fos-sur-Mer — et 5 GW dans des zones industrielles de taille intermédiaire d'ici 2029, ainsi qu'un traitement accéléré pour cinq projets de data centers entre 2028 et 2029. L'ensemble de ce chantier représente environ 8 milliards d'euros d'investissement réseau d'ici 2030, sur une enveloppe totale de 94 milliards d'euros projetée jusqu'en 2040.
Ce message s'inscrit dans un contexte où 95 % de l'électricité produite en France est déjà décarbonée, mais où 60 % de la consommation énergétique finale du pays repose encore sur des combustibles fossiles largement importés. La bascule de ces usages — mobilité, chauffage, procédés industriels — vers l'électricité reste donc, selon RTE, le principal levier disponible pour transformer un avantage de production en gain économique et en indépendance énergétique tangibles, à condition que les capacités de raccordement suivent le mouvement.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.