Au Forum de Giverny, RTE place le climat au cœur des risques pour le réseau électrique
Lors du World Giverny Forum, la présidente du directoire de RTE, Émilie Piette, a désigné le changement climatique comme le premier risque pesant sur le réseau électrique français. Un diagnostic qui vient étayer le plan d'investissement de RTE, 94 milliards d'euros d'ici 2040, destiné à la fois à sécuriser les infrastructures face aux canicules et inondations et à accélérer l'électrification des usages. Cette double ambition, décarbonation et résilience, est présentée comme un levier direct de souveraineté énergétique et industrielle pour la France.
Réunis le 4 septembre au Musée des Impressionnismes de Giverny pour la huitième édition du World Giverny Forum, organisée par le Cercle de Giverny autour des « 3S » — soutenabilité, souveraineté, sécurité —, un millier de dirigeants économiques, responsables publics et institutions internationales ont débattu des infrastructures critiques face au dérèglement climatique. Parmi les intervenantes, Émilie Piette, présidente du directoire de RTE depuis avril 2026, est venue rappeler que la trajectoire de décarbonation du pays dépend d'abord de la robustesse d'un réseau électrique lui-même exposé aux aléas climatiques.
Le principal risque auquel le réseau électrique est exposé est le changement climatique.
Un réseau déjà éprouvé par le dérèglement climatique
Le constat s'appuie sur des données déjà mesurées par le gestionnaire du réseau de transport. Lors des vagues de chaleur, la température des câbles aériens peut atteindre 90°C, provoquant leur dilatation et une usure mécanique accélérée ; les postes électriques situés en zone inondable sont pour leur part de plus en plus exposés à des crues plus fréquentes et plus intenses. RTE bâtit désormais ses scénarios d'adaptation sur une hausse moyenne des températures de 2,1°C à l'horizon 2050 et jusqu'à 3,4°C en 2100 par rapport à la période de référence 1976-2005. Le Schéma décennal de développement du réseau publié en 2025 prévoit à ce titre un investissement prioritaire de 24 milliards d'euros sur quinze ans pour renouveler 23 500 km de lignes et 85 000 pylônes, avec un objectif de 80% d'infrastructures résilientes au climat d'ici 2040, et une adaptation complète visée pour 2060.
94 milliards d'euros pour électrifier et sécuriser le réseau
Ce volet adaptation s'inscrit dans un programme d'investissement plus large de 94 milliards d'euros à horizon 2040, dont 8 milliards spécifiquement fléchés vers l'électrification des usages d'ici 2030 — RTE prévoyant de tripler son rythme d'investissement annuel d'ici la fin de la décennie. L'enjeu, souligné par Émilie Piette, tient à un paradoxe français : l'électricité produite dans le pays est déjà décarbonée à 95%, mais les combustibles fossiles, en grande partie importés, représentent encore environ 60% de la consommation énergétique nationale. La France a par ailleurs exporté 100 TWh d'électricité en 2025, soit l'équivalent d'un quart de sa consommation intérieure — un excédent présenté comme un atout de souveraineté énergétique vis-à-vis de ses voisins européens.
Concrètement, RTE fait aujourd'hui face à un embouteillage de raccordements : plus de 200 projets industriels, représentant 33 GW de puissance appelée — près du triple de la demande électrique actuelle du secteur industriel français —, sont en attente de connexion au réseau haute tension. Pour résorber ce goulot d'étranglement, RTE prévoit de passer d'ici fin 2026 d'une logique de raccordement « premier arrivé, premier servi » à un principe de « premier prêt, premier servi », de créer 9 GW de capacité dans les grands ports industriels (Dunkerque, Le Havre, Fos) d'ici 2029, d'ajouter 5 GW répartis sur cinq zones industrielles de taille intermédiaire, et de mettre en place des raccordements accélérés pour cinq projets de data centers de grande puissance, entre 700 et 2 000 MW chacun.
Cet effort d'investissement se traduit également sur le plan de l'emploi : RTE anticipe entre 8 000 et 10 000 recrutements dans la filière des réseaux électriques d'ici 2030, chaque poste créé chez l'opérateur générant, selon ses propres estimations, sept emplois supplémentaires chez ses fournisseurs et sous-traitants. À Giverny, ce chantier a été présenté moins comme une contrainte technique que comme un choix stratégique : un réseau électrique résilient et suffisamment dimensionné conditionne à la fois la réindustrialisation du pays, sa capacité à réduire sa dépendance aux hydrocarbures importés, et sa position dans les rapports de force énergétiques qui structurent désormais, selon les organisateurs du forum, la compétition économique mondiale.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.