Hydrogène vert : l'Allemagne met en service son premier axe industriel par canalisation
RWE a livré ses premiers volumes d'hydrogène renouvelable depuis son site électrolyseur de Lingen jusqu'au parc chimique d'Evonik à Marl, via un réseau de canalisations long d'environ 120 kilomètres. Cette liaison, baptisée GET H2 Nukleus, constitue le premier tronçon opérationnel du futur réseau allemand dédié à l'hydrogène et vise 300 mégawatts de capacité d'électrolyse à pleine puissance en 2027. Alors que la France prépare son propre réseau de transport hydrogène (HY-FEN, porté par GRTgaz) et qu'un corridor européen reliant l'Espagne à l'Allemagne via la France est à l'étude, ce jalon allemand illustre le passage de la filière hydrogène du stade des annonces à celui des infrastructures physiques interconnectées.
Le 4 août 2026, RWE Generation a confirmé l'acheminement de ses premiers volumes d'hydrogène renouvelable produits sur son site de Lingen, en Basse-Saxe, jusqu'au parc chimique d'Evonik à Marl, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Deux électrolyseurs de 100 mégawatts chacun, déjà en fonctionnement sur les 300 mégawatts prévus à terme sur le site, alimentent ce premier flux physique. La molécule a parcouru environ 120 kilomètres de canalisations avant d'atteindre son client industriel, marquant la première mise en service réelle — et non plus seulement annoncée — d'une chaîne de valeur hydrogène complète en Allemagne : production, transport et consommation industrielle réunis dans un seul projet opérationnel.
Un maillon du futur réseau allemand de l'hydrogène
Cette liaison Lingen-Marl s'inscrit dans le projet GET H2 Nukleus, présenté comme le premier bloc constitutif du futur réseau national allemand de canalisations dédiées à l'hydrogène (le « H2-Kernnetz »), un maillage d'environ 130 kilomètres reliant à terme Lingen à Gelsenkirchen. Le transport est assuré par les gestionnaires de réseau OGE et Nowega, ainsi que par SYNEQT, filiale d'Evonik dédiée à l'infrastructure hydrogène sur le site de Marl. L'initiative GET H2, qui fédère plus de cinquante entreprises, institutions et collectivités, bénéficie d'un financement public dans le cadre du programme européen IPCEI Hy2Infra, cofinancé par l'État fédéral allemand et les Länder de Basse-Saxe et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Le calendrier communiqué par RWE prévoit une montée en puissance progressive : 200 mégawatts d'électrolyse opérationnels à Lingen d'ici la fin 2026, puis les 300 mégawatts complets à partir de 2027. En parallèle, une première caverne de stockage souterrain à vocation commerciale doit commencer à être remplie fin 2026, pour une mise en service à la mi-2027 — une brique importante pour absorber les variations de production liées à l'intermittence de l'électricité renouvelable utilisée pour l'électrolyse. D'autres tronçons de canalisation sont également programmés pour 2027, dont la conversion du segment Legden-Dorsten, déjà existant sous gaz naturel, et la construction d'un nouveau tronçon entre Dorsten et Marl.
Sur le plan réglementaire, l'hydrogène produit à Lingen est certifié conforme aux critères européens RFNBO (« renewable fuel of non-biological origin »), la catégorie qui permet à un hydrogène d'être comptabilisé dans les quotas de décarbonation industrielle imposés par la réglementation européenne. Ce point n'est pas anecdotique : c'est précisément l'un des goulots d'étranglement qui a ralenti plusieurs projets hydrogène en Europe ces deux dernières années, les procédures de certification s'étant révélées plus lentes et plus complexes que prévu par les porteurs de projets.
Quel écho pour la France et l'Europe ?
Le cas allemand intéresse directement la France, qui développe son propre projet de réseau de transport hydrogène, baptisé HY-FEN et porté par le gestionnaire GRTgaz (groupe NaTran). Ce projet prévoit à terme environ 4 400 kilomètres de canalisations reliant les grands bassins de consommation industrielle, portuaire et aéroportuaire du territoire, ainsi que des sites de stockage souterrain. La France est également partie prenante du corridor H2Med, qui doit relier l'Espagne à la France via une liaison sous-marine entre Barcelone et Marseille (BarMar), avec une extension étudiée vers l'Allemagne à l'horizon 2035 par la conversion d'une canalisation existante à Larrau, dans les Pyrénées.
Pour l'instant, la plupart de ces projets français et européens transfrontaliers restent au stade des études d'ingénierie ou des premiers travaux. La mise en service physique de GET H2 Nukleus offre ainsi un point de comparaison concret : elle démontre qu'une chaîne complète — électrolyse à grande échelle, transport par canalisation dédiée, stockage souterrain et offtake industriel certifié — peut effectivement fonctionner en conditions réelles, et non plus seulement sur le papier. Un repère utile alors que les porteurs de projets français et les autorités européennes doivent statuer, dans les prochains mois, sur le rythme de déploiement du réseau hydrogène du continent.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.