En Suède, un sauna public fonctionne grâce à l'électricité stockée dans des voitures
À Skellefteå, dans le nord de la Suède, un sauna public en forme de cristal rose est désormais chauffé grâce à l'électricité restituée par des batteries de voitures électriques. Baptisé « Vehicle-to-Sauna », le projet de l'énergéticien Skellefteå Kraft s'appuie sur la recharge bidirectionnelle, une technologie encore rare qui transforme un véhicule en réserve d'énergie mobile. L'installation, intégrée à un nouveau parc dédié au climat sur une friche industrielle dépolluée, sert autant de démonstrateur technique que d'objet d'art public.
Vu de l'extérieur, l'objet ressemble davantage à une sculpture qu'à un équipement énergétique : environ 280 prismes couverts de panneaux miroir roses traités au titane, dessinant la silhouette d'un cristal de lithium géant. À l'intérieur, le changement de registre est total, avec une cabine chaude tout en bois d'aulne et de cœur de pin, chauffée par un poêle forgé. Ce « Crystal Sauna » a été conçu par le duo d'artistes suédois Bigert & Bergström pour WasteLand, un parc dédié à l'art et au climat inauguré le 29 mai 2026 à Skellefteå, dans le nord de la Suède, sur un site industriel dépollué après dix-sept années d'assainissement des sols. Mais sa particularité ne tient pas qu'à son apparence : sa chaleur provient en partie de l'électricité restituée par des batteries de voitures électriques.
Le principe du Vehicle-to-Sauna
Ce mécanisme, baptisé « Vehicle-to-Sauna » par l'énergéticien local Skellefteå Kraft, repose sur la recharge bidirectionnelle : une batterie de traction, conçue pour stocker l'énergie nécessaire à la conduite, peut aussi la restituer vers un autre usage lorsque le véhicule est stationné. Concrètement, le sauna et le parc environnant peuvent puiser leur électricité soit dans des batteries stationnaires installées sur place, soit directement dans celle d'un véhicule électrique branché sur le site. Les porteurs du projet le présentent comme le premier chauffage de sauna au monde alimenté de cette manière — une façon de démontrer, à l'échelle d'un objet du quotidien, ce que pourrait devenir un parc automobile électrique une fois connecté au réseau : non plus un simple poste de consommation, mais une réserve d'énergie mobile et distribuée.
Le sauna n'est qu'une pièce d'un ensemble plus large. WasteLand, présenté par ses initiateurs comme le premier parc d'art et de connaissance d'Europe consacré au climat, réunit plusieurs installations autour de la transition de Skellefteå — ville par ailleurs connue pour héberger l'usine de batteries de Northvolt — vers une économie bas carbone : serres sculpturales, points de vue sur l'ancien site industriel, œuvres de l'artiste Ingela Ihrman et travaux d'étudiants de l'École d'architecture d'Oslo. Le projet a mobilisé, aux côtés de Bigert & Bergström, l'espace d'exposition Skellefteå Konsthall, l'université de technologie de Luleå et la municipalité, qui gère désormais le site comme un équipement public réservable.
Une technologie encore marginale, mais en test à grande échelle en Suède
La recharge bidirectionnelle, qu'elle relie un véhicule à un bâtiment (V2H, vehicle-to-home) ou au réseau électrique dans son ensemble (V2G, vehicle-to-grid), reste peu répandue en Europe : elle suppose une compatibilité matérielle entre le véhicule, la borne et le compteur qui, dans la plupart des pays, n'est encore proposée que par une poignée de constructeurs et d'énergéticiens. En Allemagne par exemple, BMW et le fournisseur E.ON permettent aux propriétaires d'iX3 compatibles de toucher jusqu'à 720 euros par an en mettant leur batterie à disposition du réseau, mais l'adoption reste freinée par la fragmentation des standards et la lenteur du déploiement des compteurs communicants.
La Suède, elle, a choisi de tester le principe à plus grande échelle : l'énergéticien Vattenfall, la société technologique Energy Bank et Volkswagen ont lancé un pilote commun prévoyant l'installation d'environ 200 bornes bidirectionnelles chez autant de propriétaires de véhicules électriques, particuliers et gestionnaires de flottes, dans les zones tarifaires SE3 et SE4 qui couvrent le centre et le sud du pays. Objectif du programme, qui doit courir jusqu'en 2028 : mesurer si l'agrégation de nombreuses petites batteries de voitures peut réellement apporter de la flexibilité et de la stabilité au réseau électrique, en échange d'une compensation financière pour les participants qui gardent l'usage normal de leur véhicule.
Le sauna de Skellefteå n'a évidemment pas la portée d'un tel pilote industriel, mais il en est une vitrine grand public particulièrement lisible : plutôt qu'un graphique de flux électriques, il offre une expérience physique et immédiate de ce que représente une batterie de voiture réutilisée ailleurs que sur la route. À mesure que les flottes électriques grossissent en Europe, ce type de démonstrateur — aussi anecdotique soit-il en apparence — participe à familiariser le public avec une technologie qui pourrait, à terme, alléger la pression sur les réseaux lors des pics de consommation, y compris en France où les premiers projets de V2G commencent tout juste à sortir du stade expérimental.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://skelleftea.se/society-expo-2026/en/society-expo-2026/news/2026-05-29-wasteland-skelleftea-climate-action-park-officially-opened---from-contaminated-land-to-a-place-of-hope-for-the-future
- https://www.electrive.com/2026/08/24/pink-hot-electric-bidirectional-charging-for-the-sauna/
- https://group.vattenfall.com/press-and-media/newsroom/2026/large-scale-pilot-in-sweden-explores-new-role-for-electric-vehicles/