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Émissions scope 3 : le vrai casse-tête climatique des entreprises se cache chez leurs fournisseurs

Isoler ses bâtiments ou électrifier sa flotte ne suffit pas : selon le Carbon Action Report 2025 d'EcoVadis et du Boston Consulting Group, les émissions de la chaîne d'approvisionnement d'une entreprise pèsent en moyenne 21 fois plus que ses émissions directes. Plus de 90 % des entreprises analysées n'ont pourtant aucun objectif de réduction sur ce périmètre, alors que la directive européenne CSRD impose désormais de le déclarer. Un nouveau partenariat entre EcoVadis et la plateforme climatique Watershed veut combler le déficit de données réelles qui bloque aujourd'hui la plupart des entreprises.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
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red and blue cargo containers
PolitiquePhoto d'illustration : Barrett Ward /Unsplash

Le constat n'est pas nouveau, mais son ampleur reste largement sous-estimée par les entreprises elles-mêmes. Selon le Carbon Action Report 2025, publié début octobre par la plateforme de notation RSE EcoVadis et le cabinet Boston Consulting Group, les émissions dites de "scope 3" — matières premières, transport, sous-traitance, fin de vie des produits — pèsent en moyenne 21 fois plus lourd que les émissions directes d'une entreprise (scope 1 et 2 réunis). L'étude s'appuie sur 133 000 bilans carbone analysés auprès de 83 000 entreprises dans le monde, ce qui en fait l'une des bases de données les plus larges jamais constituées sur le sujet.

Un angle mort qui devient un risque financier

Le rapport chiffre aussi le coût de l'inaction : d'ici 2030, les émissions amont non maîtrisées pourraient représenter plus de 500 milliards de dollars de passif annuel pour les seules entreprises du S&P 500, soit l'équivalent de 15 à 20 % de leur excédent brut d'exploitation. Une facture qui ne relève plus seulement de la réputation, mais s'apparente de plus en plus à un risque financier et réglementaire direct — taxes carbone aux frontières, exigences des donneurs d'ordre, coût du capital pour les entreprises jugées mal préparées.

Pourtant, plus de 90 % des entreprises analysées n'ont fixé aucun objectif de réduction pour leurs émissions amont, contre une quasi-généralisation des objectifs sur les scopes 1 et 2, plus faciles à mesurer parce qu'ils dépendent directement de l'entreprise elle-même. La difficulté n'est pas seulement organisationnelle : elle est d'abord une difficulté de données. Une entreprise ne mesure pas directement les émissions de ses fournisseurs, elle doit les estimer via des moyennes sectorielles génériques — peu précises, difficiles à faire évoluer dans le temps, et impossibles à opposer sérieusement à un auditeur.

C'est précisément cette obligation qui s'impose désormais aux entreprises européennes. La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), en cours de déploiement dans l'Union européenne, impose un reporting détaillé des émissions sur les trois scopes, avec vérification indépendante ("assurance limitée") du bilan par un auditeur tiers. Or, comme le rappelle EcoVadis, le scope 3 représente en moyenne 80 % de l'empreinte carbone totale d'une entreprise — il sera donc, dans l'écrasante majorité des cas, la donnée matérielle du rapport, celle sur laquelle portera l'essentiel de l'attention des auditeurs et des investisseurs.

Remplacer les moyennes sectorielles par des données réelles

Pour répondre à ce déficit de données, EcoVadis — société d'origine française, née à Paris et devenue la référence mondiale de la notation RSE fournisseurs avec environ 175 000 entreprises évaluées — a annoncé un partenariat avec Watershed, plateforme de comptabilité carbone assistée par l'analyse de données. L'objectif affiché : permettre aux entreprises de remplacer les estimations sectorielles génériques par des données d'émissions réelles, remontées directement depuis leurs fournisseurs, avec un système de fiabilité à quatre niveaux selon la qualité de la donnée source.

Sans données exploitables, précises et spécifiques à chaque fournisseur, pas de décarbonation réelle.

Concrètement, EcoVadis fournit l'infrastructure de collecte auprès des fournisseurs — dont un calculateur d'empreinte carbone produit (PCF Calculator) gratuit, disponible en treize langues et couvrant douze secteurs industriels, y compris pour des PME qui n'ont ni les moyens ni les équipes pour réaliser un bilan carbone classique. Watershed, de son côté, centralise et modélise ces données pour produire un reporting compatible avec les exigences d'audit de la CSRD.

Le rapport EcoVadis/BCG avance un argument qui dépasse la seule contrainte réglementaire : jusqu'à 50 % des émissions fournisseurs pourraient être réduites sans surcoût net, avec un retour sur investissement estimé entre 3 et 6 fois la mise de départ, et un tiers des réductions possibles à moins de 12 dollars la tonne de CO2 évitée. Les entreprises qui engagent activement leurs fournisseurs sur ce terrain auraient neuf fois plus de chances d'atteindre leurs objectifs de réduction — mais une entreprise sur trois seulement le fait aujourd'hui.

Pour les entreprises françaises et européennes, déjà engagées dans la mise en conformité CSRD, le sujet dépasse donc la simple case à cocher réglementaire : la qualité des données fournisseurs devient un enjeu de compétitivité, dans la mesure où les grands donneurs d'ordre commencent à intégrer la performance carbone de leurs sous-traitants dans leurs critères de sélection.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

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