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Le réacteur nucléaire de TerraPower cache une batterie thermique géante pour nourrir l'IA

Le premier réacteur Natrium de TerraPower, en construction dans le Wyoming, associe un cœur nucléaire refroidi au sodium à un immense réservoir de sels fondus capable de stocker la chaleur en surplus. Objectif : absorber les pics de consommation électrique erratiques des centres de données d'IA sans jamais ralentir le réacteur lui-même. La France dispose déjà, avec son parc EDF, d'une expertise reconnue du suivi de charge nucléaire — mais l'approche de TerraPower, qui découple stockage et production, relance le débat européen sur les petits réacteurs modulaires (SMR) comme réponse à la demande électrique de l'IA, un sujet où la filière française (Nuward) et plusieurs opérateurs de data centers européens observent de près les choix technologiques américains.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
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gray concrete towers under white clouds and blue sky during daytime
ÉnergiePhoto d'illustration : Lukáš Lehotský /Unsplash

Sur le papier, un réacteur nucléaire et un centre de données d'intelligence artificielle sont mal assortis. Le premier est conçu pour tourner à régime constant, seule façon d'amortir un investissement en capital colossal ; le second impose des appels de puissance erratiques, dictés par les cycles d'entraînement et d'inférence des GPU, qui peuvent varier de plusieurs dizaines de mégawatts en quelques minutes. C'est précisément ce décalage que TerraPower, l'entreprise cofondée par Bill Gates, affirme avoir résolu avec son réacteur Natrium, actuellement en construction à Kemmerer, dans le Wyoming.

Un réservoir de sels fondus comme tampon thermique

Le principe technique repose sur un découplage entre la production de chaleur et sa conversion en électricité. Le cœur du réacteur, refroidi au sodium liquide, continue de fonctionner à plein régime en permanence — une base de 345 mégawatts électriques. Mais au lieu d'envoyer directement toute cette chaleur vers la turbine, une partie est détournée vers un immense réservoir de sels fondus, capable de stocker l'équivalent d'environ un gigawattheure d'énergie thermique. Lorsque la demande grimpe, cette réserve est puisée pour produire davantage de vapeur et pousser la puissance électrique jusqu'à 500 mégawatts pendant plusieurs heures, sans jamais toucher au rythme du réacteur lui-même.

Selon TerraPower, cette architecture permet au site d'ajuster sa production d'environ 10 % par minute, contre environ 5 % par minute pour un réacteur classique à eau pressurisée. Combinée à un facteur de charge nucléaire déjà élevé — 92,5 % en moyenne aux États-Unis, le plus haut de toutes les filières de production électrique selon les chiffres cités par l'entreprise —, cette flexibilité vise à répondre à un problème très concret : sur un réseau où la part d'énergies renouvelables augmente et où les centres de données consomment de façon très irrégulière, un réacteur qui ne peut que produire un plateau plat perd en attractivité économique face à des solutions plus souples, même carbonées.

Meta, la Corée du Sud, et une filière qui s'accélère

L'intérêt commercial suit. En janvier 2026, Meta a annoncé un accord portant sur l'achat de huit centrales Natrium, la première génération devant être mise en service progressivement à partir du début des années 2030. TerraPower a également signé, en août 2026, deux accords de développement avec les groupes sud-coréens Hyundai Engineering & Construction et SK Innovation pour industrialiser la technologie Natrium à plus grande échelle, et travaille avec l'opérateur de centres de données Sabey Data Centers sur un déploiement élargi. Le site du Wyoming a par ailleurs reçu l'aval de la Nuclear Regulatory Commission américaine, une étape présentée par l'entreprise comme le premier nouveau projet de réacteur commercial construit aux États-Unis depuis près d'une décennie. Un second site, spécifiquement dédié à l'alimentation d'un centre de données, doit débuter sa construction en 2027.

Ce que ça change pour l'Europe

La France n'est pas dépourvue d'atouts sur ce terrain : le parc nucléaire d'EDF pratique depuis des décennies le suivi de charge, c'est-à-dire la modulation de la puissance des réacteurs existants pour s'adapter à la demande du réseau — une capacité rare dans le monde, où la plupart des flottes nucléaires tournent en base fixe. Mais l'approche de TerraPower est différente dans son principe : au lieu de faire varier la réaction nucléaire elle-même, elle la laisse tourner à plein régime en permanence et gère la variabilité uniquement côté stockage thermique, ce qui limite l'usure des composants nucléaires et simplifie, en théorie, la maintenance du cœur du réacteur.

Cette philosophie de conception nourrit directement les débats en cours sur les petits réacteurs modulaires (SMR) en Europe, où plusieurs projets — dont le programme français Nuward, porté par EDF — cherchent à définir leur propre créneau face à l'appétit électrique croissant de l'intelligence artificielle. Plusieurs opérateurs européens de centres de données, confrontés aux mêmes tensions entre stabilité du réseau et pics de consommation liés à l'IA, suivent de près les choix technologiques faits outre-Atlantique, dans un contexte où l'Union européenne cherche à sécuriser une électricité décarbonée et pilotable pour ses propres ambitions en matière d'intelligence artificielle souveraine.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

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