Éolien flottant : le pari de l'axe vertical, déjà tenté puis abandonné en France, refait surface au Japon
Un consortium industriel japonais teste depuis juillet 2026, dans la baie d'Iki (Nagasaki), un prototype d'éolienne flottante à axe vertical de moins de 20 kW conçu pour réduire drastiquement le coût de l'éolien offshore. Cette architecture reprend une piste explorée en France il y a une décennie par la start-up lilloise Nénuphar, avant sa liquidation judiciaire faute d'avoir atteint le stade commercial. Alors que la France mise sur l'éolien flottant en Méditerranée pour exploiter ses eaux profondes, cette expérimentation nippone relance la question de la viabilité industrielle de l'axe vertical face aux turbines classiques qui dominent aujourd'hui le marché mondial.
Depuis juillet 2026, un flotteur cylindrique surmonté de trois pales droites tourne au large de la baie d'Iki, dans la préfecture de Nagasaki. Ce démonstrateur, baptisé FAWT (Floating Axis Wind Turbine), est le fruit d'un consortium de six industriels japonais - le producteur d'électricité J-Power, TEPCO Holdings, Chubu Electric, l'armateur Kawasaki Kisen Kaisha (« K » Line), l'équipementier Sumitomo Heavy Industries et la société d'ingénierie Albatross Technology. Le prototype affiche des dimensions volontairement modestes : un rotor de 9,3 mètres de diamètre, un flotteur de seulement 1,7 mètre de diamètre, pour une puissance maximale inférieure à 20 kW. L'ensemble, maintenu par trois lignes d'ancrage au fond marin, peut s'incliner jusqu'à 20° selon la force du vent - une caractéristique assumée de la conception plutôt qu'un défaut.
L'expérimentation, prévue pour durer un an, vise à valider en conditions réelles des résultats jusqu'ici obtenus par simulation numérique et essais en bassin. L'objectif affiché par le consortium est de sécuriser une chaîne d'approvisionnement entièrement domestique pour l'éolien offshore japonais, et à terme de faire émerger des unités de plusieurs mégawatts nettement moins coûteuses que les éoliennes flottantes à axe horizontal actuellement déployées, dont les flotteurs massifs pèsent lourd sur les budgets de construction et de maintenance.
Un pari déjà tenté - et perdu - en France
L'idée de faire tourner une éolienne offshore autour d'un axe vertical plutôt qu'horizontal n'a rien de nouveau, et la France en a été l'un des premiers laboratoires. Fondée à Lille en 2009 par Charles Smadja et Frédéric Silvert, la start-up Nénuphar avait développé sa propre turbine à axe vertical et pales torsadées, baptisée VertiWind. Un premier prototype terrestre de 35 kW avait été installé à Ferques, dans le Pas-de-Calais, dès 2011, suivi d'une machine de 600 kW à Fos-sur-Mer - à l'époque la plus grande éolienne à axe vertical au monde, haute de 40 mètres pour 50 mètres de diamètre. Le projet avait attiré des investisseurs de poids, dont Areva, Bpifrance et IDInvest Partners. Nénuphar a pourtant été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lille sans être parvenue à franchir le cap de la commercialisation industrielle.
Le constat vaut aussi ailleurs : le suédois SeaTwirl et le norvégien World Wide Wind planchent depuis plusieurs années sur des concepts comparables, sans qu'aucun n'ait encore atteint le stade commercial. L'argument technique reste pourtant séduisant sur le papier : en abaissant le centre de gravité de la structure émergée, l'axe vertical réduit les contraintes mécaniques sur le flotteur et permet de loger le générateur près de la ligne de flottaison plutôt qu'en haut d'un mât, simplifiant la maintenance en mer. Mais cette architecture souffre historiquement d'un rendement aérodynamique inférieur à celui des turbines à axe horizontal, ce qui a jusqu'ici limité son intérêt économique dès que l'échelle industrielle est en jeu.
Pourquoi ce test japonais intéresse aussi l'Europe
La France, elle, a fait le choix inverse pour ses propres fermes flottantes : les projets pilotes de Provence Grand Large et d'EolMed, ainsi que les appels d'offres commerciaux en cours au large du Golfe du Lion, reposent tous sur des turbines classiques à axe horizontal montées sur flotteurs semi-submersibles ou à lignes tendues. Ces choix technologiques pèsent directement sur le coût de l'électricité produite, alors que la Méditerranée - trop profonde pour des fondations posées au sol - est justement le terrain où la France mise le plus sur l'éolien flottant pour tenir ses objectifs de décarbonation. Toute avancée qui parviendrait à réduire durablement le coût des flotteurs, qu'elle vienne du Japon, de Suède ou de Norvège, serait donc scrutée de près par la filière française et européenne.
Le consortium FAWT ne prétend pas avoir résolu l'équation qui a eu raison de Nénuphar. Ses porteurs restent prudents et présentent cette installation comme une étape de vérification technique avant d'envisager, en cas de résultats concluants sur un an d'exploitation, des démonstrateurs de puissance mégawatt. Le précédent français rappelle toutefois qu'entre un concept prometteur en bassin d'essai et une turbine rentable en mer, la marche industrielle reste haute - et qu'elle a déjà fait trébucher des porteurs de projet dotés de financements bien supérieurs à ceux d'un prototype de 20 kW.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.