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La CRE chiffre pour la première fois le coût complet du système électrique français

Dans un rapport inédit publié le 9 septembre, la Commission de régulation de l'énergie établit que le système électrique français a coûté 55,9 milliards d'euros en 2025, financés à 92 % par les consommateurs. L'essor de l'éolien et du solaire a fait baisser les prix de marché d'environ 20 €/MWh depuis 2020, un bénéfice net pour les factures, mais qui fragilise en parallèle le modèle économique d'EDF. La CRE estime qu'environ 50 % de capacités renouvelables supplémentaires resteraient globalement profitables au système avant que les surcoûts ne l'emportent.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
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PolitiquePhoto d'illustration : Michael Jasmund /Unsplash

C'est un exercice inédit en France : pour la première fois, le régulateur du secteur a mis un chiffre précis sur l'ensemble des coûts du système électrique hexagonal, de la production jusqu'au dernier kilomètre de réseau. Publié le 9 septembre par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), ce rapport de 55,9 milliards d'euros pour l'année 2025 vise à trancher un débat jusqu'ici surtout mené par intuitions et éléments épars : le développement rapide de l'éolien et du solaire profite-t-il vraiment aux consommateurs, ou déstabilise-t-il un système déjà confronté à une consommation atone et à un parc décarboné surabondant ?

Un système financé à 92 % par les ménages et les entreprises

Le rapport détaille la répartition des 55,9 milliards d'euros : 40 milliards pour la production d'électricité (dont 21,5 milliards pour le nucléaire, 12,6 milliards pour l'éolien et le solaire, et 5,9 milliards pour l'hydraulique) et 15,9 milliards pour l'acheminement via les réseaux de transport et de distribution. Selon la méthodologie retenue par la CRE, 78,5 % de ces coûts sont directement supportés par les consommateurs via leurs factures ; ce taux grimpe à 92 % si l'on intègre la part de fiscalité énergétique non affectée à un autre usage. Autrement dit, la quasi-totalité de la facture du système électrique français retombe, d'une manière ou d'une autre, sur les usagers.

Un effet baissier mesuré sur les prix de marché

Le point le plus commenté du rapport concerne l'effet des renouvelables sur les prix de gros. La CRE évalue que, sans les capacités éoliennes et solaires installées entre 2020 et 2025, le prix de marché de l'électricité en 2025 aurait été supérieur d'environ 20 €/MWh à son niveau observé. Ce mécanisme, bien documenté dans la littérature énergétique sous le nom d'effet de « merit order » (les renouvelables, à coût marginal quasi nul, évincent les moyens de production plus chers de l'ordre d'appel), se traduit selon le régulateur par un gain estimé à plusieurs milliards d'euros pour l'ensemble des consommateurs sur l'année. La CRE conclut que le développement des énergies renouvelables « transfère globalement du pouvoir d'achat vers les consommateurs », tout en reconnaissant une hausse marginale des coûts globaux du système liée à leur intégration (adaptation des réseaux, mécanismes de soutien).

Le revers de la médaille pour EDF

Ce même mécanisme de baisse des prix de marché, favorable aux consommateurs, pèse mécaniquement sur les revenus des producteurs vendant leur électricité sur le marché de gros — au premier rang desquels EDF, qui reste le principal opérateur du parc nucléaire et hydraulique français non couvert par des mécanismes de soutien garantis. Interrogée sur ce point, la présidente de la CRE Emmanuelle Wargon a résumé la tension au cœur du rapport : « à l'échelle du système, nous pouvons encore ajouter des renouvelables, mais pour EDF, cela remet en question le modèle économique ». Une érosion des prix de marché réduit en effet la capacité de l'électricien historique à financer ses investissements, notamment dans la prolongation du parc nucléaire existant et la construction de nouveaux réacteurs (EPR2), à un moment où ces besoins de financement sont considérables.

À l'échelle du système, nous pouvons encore ajouter des renouvelables, mais pour EDF, cela remet en question le modèle économique.

Une marge de manœuvre estimée à 50 % de capacités supplémentaires

Plutôt que de trancher pour ou contre la poursuite des renouvelables, la CRE propose un seuil chiffré. Dans un contexte de consommation électrique qui stagne, le régulateur estime qu'environ 50 % de capacités éoliennes et solaires supplémentaires pourraient encore être ajoutées au système en conservant un bilan globalement positif pour les consommateurs, comparé aux coûts additionnels qu'elles engendrent pour l'ensemble du système. Au-delà de ce seuil, les inconvénients — coûts de flexibilité, congestion des réseaux, effets de cannibalisation des prix — dépasseraient les bénéfices. Le rapport souligne par ailleurs un autre indicateur notable pour 2025 : la France a exporté 92,3 TWh d'électricité vers ses voisins européens, reprenant la première place du classement continental des exportateurs nets, une performance permise par les interconnexions et par l'abondance du parc décarboné français.

Pour la CRE, ce travail de chiffrage doit désormais servir de référence commune aux débats sur la trajectoire énergétique française, notamment dans la perspective des prochaines discussions sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et sur la réforme du mécanisme de régulation des prix du nucléaire existant (Arenh puis dispositif de l'accord EDF-État). En objectivant à la fois les gains pour les consommateurs et les tensions pour l'opérateur historique, le régulateur cherche à sortir le débat renouvelables-nucléaire d'une opposition binaire pour l'ancrer dans une logique de dosage économique, arbitrée par des seuils chiffrés plutôt que par des postures de principe.

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Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

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