Crise d'Ormuz : la sécurité énergétique devient le moteur de l'électrification
Depuis le début de la guerre avec l'Iran, le 28 février, la fermeture de fait du détroit d'Ormuz a provoqué la plus grave crise de sécurité énergétique jamais observée selon l'Agence internationale de l'énergie. En réponse, de nombreux pays accélèrent leur électrification, dont la France avec un plan de 22 mesures publié en avril. D'après l'AIE, l'investissement dans l'énergie propre doit atteindre 2 200 milliards de dollars en 2026. Mais le gaz et le charbon profitent aussi de la crise, ce qui rend le résultat final plus incertain qu'il n'y paraît.
Le détroit d'Ormuz n'est qu'un passage maritime de quelques dizaines de kilomètres, mais il était jusqu'ici l'un des points les plus stratégiques du système énergétique mondial. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole et plus de 110 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL) l'ont traversé en 2025. Pour le Qatar et les Émirats arabes unis, c'est la route d'environ 93 à 96 % de leurs exportations de GNL. Et il n'existe pas de vraie solution de rechange : les oléoducs existants ne peuvent détourner que 3,5 à 5,5 millions de barils par jour.
Quand la guerre a éclaté le 28 février, les effets se sont vite propagés. D'après l'AIE, fin avril, le prix du Brent dépassait de plus de 60 % son niveau d'avant le conflit. Près de 3 millions de barils par jour de capacité de raffinage étaient à l'arrêt dans le Golfe. Plus de 300 millions de mètres cubes de GNL manquaient chaque jour sur le marché depuis le 1er mars. Le 11 mars, l'agence a coordonné entre 32 pays membres la plus grande libération de stocks d'urgence de son histoire : 400 millions de barils. C'est seulement la sixième fois qu'un tel mécanisme est activé depuis 1991.
La France répond avec un plan d'électrification en 22 mesures
En Europe, la réponse la plus structurée est venue de Paris. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté les grandes lignes d'un plan d'électrification des usages le 10 avril, et la version complète a été publiée le 23 avril. Ce texte cite explicitement la crise du détroit d'Ormuz comme déclencheur. Il regroupe 22 mesures prioritaires pour réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. L'objectif de long terme est de faire passer la part des fossiles dans la consommation finale d'environ 60 % à moins de 30 % en 2035. Sur la même période, la part de l'électricité doit passer de 27 % à 38 %.
Les leviers annoncés concernent d'abord la mobilité et le chauffage. Le plan prévoit 50 000 véhicules électriques en leasing social dès 2026 et vise un million de pompes à chaleur installées par an d'ici 2030. Selon ses auteurs, près de 85 TWh de consommation de gaz pourraient ainsi basculer vers l'électricité. Le plan prévoit aussi 100 « territoires d'électrification », portés par des collectivités volontaires à partir de l'été 2026. Côté financement, 4,5 milliards d'euros supplémentaires par an sont fléchés vers l'électrification, en plus des enveloppes existantes. L'hydrogène a aussi sa place : la production d'hydrogène bas carbone pourrait consommer environ 24 TWh d'électricité vers 2030-2032, et jusqu'à 60 TWh en 2035, pour les engrais, la sidérurgie, la chimie et les carburants de synthèse.
Un record d'investissement propre, mais les fossiles progressent aussi
À l'échelle mondiale, le rapport World Energy Investment 2026 de l'AIE, publié le 28 mai, confirme que la crise modifie les choix d'investissement. L'investissement total dans l'énergie doit atteindre 3 400 milliards de dollars en 2026, dont 2 200 milliards pour les énergies propres et les infrastructures. C'est presque le double des 1 200 milliards consacrés aux combustibles fossiles. Les renouvelables électriques représentent environ 665 milliards de dollars, dont 365 milliards pour le solaire. Les réseaux reçoivent environ 550 milliards, le stockage par batteries dépasse 100 milliards et le nucléaire 80 milliards.
« Nous sommes au cœur de la plus grave crise de sécurité énergétique que le monde ait jamais connue, et je pense qu'elle va remodeler l'investissement. » — Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE
Le même rapport montre toutefois que la sécurité d'approvisionnement ne profite pas qu'aux énergies bas carbone. L'investissement pétrolier recule pour la troisième année consécutive. En revanche, l'investissement dans le gaz naturel atteint 330 milliards de dollars, son plus haut niveau depuis dix ans, et celui dans le charbon 180 milliards, son plus haut niveau depuis 2012. Face à la pénurie, certains pays remettent en service des centrales à charbon pendant qu'ils développent le solaire. La crise accélère donc bien l'électrification, mais pas forcément la baisse des émissions à court terme.
Pour l'Europe, il y a deux enseignements. D'abord, l'électrification produite localement, qu'elle soit renouvelable ou nucléaire, s'impose désormais comme une question de souveraineté autant que de climat, ce qui la rend plus solide face aux changements politiques. Ensuite, son effet dépendra de la mise en œuvre sur le terrain : raccordements au réseau, filières de pompes à chaleur et de véhicules électriques, et capacité à produire assez d'électricité décarbonée pour absorber une demande qui, selon la trajectoire française, doit augmenter d'environ 40 % entre 2023 et 2035.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.