Calogena : 40 millions d'euros de Bruxelles pour une chaufferie nucléaire à Pierrelatte
La start-up française Calogena figure parmi les lauréats de l'Innovation Fund de l'Union européenne, avec une subvention de 40 millions d'euros. Elle doit contribuer à la construction d'un premier réacteur commercial de 30 MW thermiques à Pierrelatte, dans la Drôme, destiné à alimenter un réseau de chaleur urbain. Le projet, baptisé NetZeroHeat, vise à fournir de la chaleur décarbonée sans produire d'électricité. Les conventions de subvention ne sont toutefois pas encore signées et la décision d'investissement reste à prendre.
Le financement européen change l'échelle d'un projet jusque-là surtout soutenu par des fonds nationaux. Calogena, jeune entreprise française qui développe de petits réacteurs nucléaires dédiés à la chaleur, a été retenue dans la sélection de l'Innovation Fund, l'un des principaux programmes de financement de l'Union européenne pour les technologies bas carbone. La subvention annoncée s'élève à 40 millions d'euros et vise la construction potentielle de son premier réacteur commercial à Pierrelatte, dans la Drôme.
Un réacteur pensé pour la chaleur, pas pour l'électricité
Le réacteur de Calogena, le CAL30, est un petit réacteur modulaire à eau légère d'une puissance d'environ 30 MW thermiques. Contrairement à la plupart des SMR en développement, il ne produit pas d'électricité : il est conçu comme une chaudière nucléaire qui alimente directement un réseau de chaleur urbain. L'objectif est de remplacer des chaufferies fonctionnant au gaz ou à d'autres combustibles fossiles, dans des villes où les réseaux de chaleur sont déjà en place.
Le projet financé porte le nom de NetZeroHeat et est classé dans le volet « pilotes » de l'appel à projets. Selon la fiche recensée par le média Pilotable, il doit fournir environ 131 GWh de chaleur par an au réseau de chauffage urbain de Pierrelatte. À titre de repère, cela correspond aux besoins en chauffage de plusieurs milliers de logements, ce qui reste un ordre de grandeur et non un chiffre fourni par le porteur de projet.
Une sélection européenne où la France domine
La Commission européenne a dévoilé le 19 octobre 2026 les lauréats de l'appel « technologies zéro net » de l'Innovation Fund : 77 projets, pour 3,4 milliards d'euros de subventions au total. La France arrive en tête des pays bénéficiaires avec seize projets, parmi lesquels Calogena, Colas, EDF ou Holosolis, selon GreenUnivers et Décideurs Magazine.
Ces montants sont des subventions annoncées à l'issue de la sélection, pas encore des contrats signés. Les porteurs de projet entament la préparation de leurs conventions avec l'Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l'environnement (CINEA). La signature de ces conventions est évoquée pour le premier trimestre 2027.
Un projet déjà soutenu par l'État français
Le soutien européen s'ajoute à un appui national. Dans le cadre de l'appel à projets France 2030 consacré aux petits réacteurs nucléaires innovants, Calogena a été retenue en 2023 puis a vu son soutien renforcé en 2026, avec une subvention de 48 millions d'euros pour la conception de base du réacteur, selon un communiqué de l'entreprise. Une levée de fonds associée, impliquant notamment la Banque des Territoires et Bpifrance, porterait le financement total à près de 100 millions d'euros.
L'entreprise explore par ailleurs d'autres sites, en France comme en Finlande. Le CEA et Calogena ont aussi signé une lettre d'intention pour étudier l'installation d'un module sur le site de Cadarache, relié au réseau de chaleur du centre. Un partenariat avec le groupe tchèque Škoda JS a également été annoncé pour l'industrialisation de ce type de réacteur.
Ce qui reste à franchir
Le calendrier reste exigeant. Le CAL30 est encore en phase de pré-instruction réglementaire : Calogena a déposé auprès de l'autorité de sûreté nucléaire des dossiers d'options de conception, mais aucune demande d'autorisation de création n'a été déposée pour une installation précise. L'entreprise vise un déploiement à partir de 2030. La formulation de l'annonce, qui parle de construction « potentielle », rappelle que la décision finale dépendra de l'instruction de sûreté, de l'acceptabilité locale et du bouclage financier.
Pour les collectivités et les opérateurs de réseaux de chaleur européens, ce projet servira de test grandeur nature : la chaleur représente une part majeure de la consommation d'énergie finale en Europe et reste largement carbonée. Si le modèle d'une chaufferie nucléaire compacte en périphérie urbaine démontre sa viabilité économique et réglementaire, il pourrait constituer une alternative à la biomasse, à la géothermie ou aux pompes à chaleur industrielles là où ces solutions ne suffisent pas.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.