Enedis va pouvoir piloter à distance les petits toits solaires dès 2026
La Commission de régulation de l'énergie a demandé à Enedis d'établir, avant le 1er octobre 2026, les règles permettant de limiter à distance la puissance injectée par les installations photovoltaïques raccordées en basse tension. Jusqu'ici réservé aux grandes centrales de plus de 250 kW, ce pilotage s'étendrait aux petits sites — toitures résidentielles et professionnelles — dans les zones où le réseau de distribution sature. Le seuil de puissance exact à partir duquel une installation sera concernée n'est pas encore fixé. L'objectif affiché est d'éviter que la croissance rapide du solaire en autoconsommation et revente ne se traduise par des refus de raccordement ou des pertes de production non pilotées.
Jusqu'à présent, seules les centrales solaires raccordées en moyenne tension et dépassant 250 kW disposent d'un boîtier permettant à Enedis de réduire leur production à distance en cas de besoin. Aucune installation basse tension — celle d'une toiture résidentielle, d'un hangar agricole ou d'un petit commerce — n'est aujourd'hui pilotable de cette façon. C'est ce point aveugle que la Commission de régulation de l'énergie (CRE) demande à Enedis de combler : le gestionnaire du réseau de distribution doit faire évoluer sa documentation technique de référence avant le 1er octobre 2026 pour fixer les critères de mise en œuvre d'un pilotage à distance applicable aux futurs projets solaires basse tension. Ce chantier est distinct du dispositif déjà utilisé par EDF Obligation d'Achat, qui module la production des grandes installations lors des épisodes de prix négatifs sur le marché de gros.
Un mécanisme déjà rodé sur les grandes installations, étendu vers le bas
Le principe n'est pas inédit : Enedis l'expérimente depuis 2021 avec le projet Reflex, validé par la CRE dans le cadre d'un « bac à sable réglementaire » et construit en concertation avec RTE, les associations de producteurs et l'Union française de l'électricité. Le mécanisme permet de raccorder plus rapidement des installations éoliennes et photovoltaïques dans des postes source saturés, en échange d'un engagement du producteur à accepter des écrêtements ponctuels de sa production, indemnisés financièrement. Sept zones pilotes ont été retenues depuis le lancement (Nord, Morbihan, région parisienne, Gard, Côte d'Azur, puis Landes et Somme), et Enedis prévoit désormais une généralisation progressive du dispositif à une centaine de postes source entre 2025 et 2027.
Les volumes réellement écrêtés restent pour l'instant limités : selon le dernier rapport d'avancement de la CRE sur les projets sous dérogation réglementaire, 653 MWh ont été concernés par Reflex en 2025, pour une indemnisation totale de 48 532 euros versée aux producteurs. Un montant modeste comparé aux 28 189 MWh d'électricité renouvelable qui n'ont pas pu être injectés sur le réseau la même année, toutes causes de restriction confondues — un chiffre que la CRE et Enedis présentent comme appelé à augmenter mécaniquement avec la vague de raccordements attendue en 2026 et 2027.
Un seuil de puissance encore à trancher
La principale inconnue, à ce stade, porte sur le périmètre exact de la mesure. Le rapport de la CRE qui fixe l'échéance du 1er octobre 2026 ne précise ni seuil de puissance, ni liste de zones, ni catégorie d'installations explicitement visée par ce futur pilotage basse tension — c'est justement ce qu'Enedis doit désormais rédiger dans sa documentation technique. La France compte aujourd'hui plus d'un million d'installations photovoltaïques raccordées en basse tension, l'immense majorité de puissance modeste (quelques kilowatts-crête pour une toiture résidentielle). Rien n'indique à ce stade que ces petites installations grand public seront concrètement concernées : le dispositif est pensé pour cibler les zones où le réseau de distribution ou de transport présente des contraintes identifiées, selon la cartographie conjointe Enedis-RTE des capacités d'accueil, et non pour s'appliquer de façon uniforme sur tout le territoire.
Pour un producteur concerné, la logique reste la même que celle déjà éprouvée avec Reflex : accepter un risque de limitation ponctuelle de l'injection en échange d'un raccordement qui n'attend pas la fin de travaux de renforcement du réseau, potentiellement longs de plusieurs années dans les zones les plus tendues. Enedis présente cette flexibilité côté production comme le complément indispensable à une autre brique déjà répandue chez les particuliers : le pilotage de la consommation (ballons d'eau chaude, bornes de recharge) que les fournisseurs d'électricité proposent déjà pour lisser la demande.
L'enjeu dépasse le seul cas français : plusieurs gestionnaires de réseau européens, confrontés au même afflux de petites installations solaires résidentielles, explorent des mécanismes comparables de limitation dynamique plutôt que des refus de raccordement purs et simples. La publication de la documentation technique d'Enedis, attendue d'ici le 1er octobre 2026, permettra de savoir concrètement combien de foyers et de petites entreprises pourraient, dans les zones les plus contraintes du réseau, voir leur production plafonnée à distance — et selon quelles modalités de compensation.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://selectra.info/energie/actualites/marche/enedis-bridage-solaire-basse-tension-1er-octobre
- https://www.enedis.fr/presse/enedis-devoile-une-nouvelle-experimentation-de-flexibilites-le-projet-reflex-pour-contribuer
- https://www.cre.fr/actualites/toute-lactualite/la-cre-publie-son-rapport-sur-lavancement-des-30-projets-ayant-recu-une-derogation-dans-le-cadre-du-dispositif-dexperimentation-reglementaire.html
