Recycler ou remettre à neuf ? Des chercheurs européens modélisent la stratégie optimale
Quatre chercheurs de l'IÉSEG School of Management et de l'UCLouvain ont publié dans l'European Journal of Operational Research un modèle d'optimisation qui départage, secteur par secteur, le remanufacturing et le recyclage des produits usagés. Leur analyse identifie dix stratégies de récupération possibles selon les coûts de collecte, de remise à neuf et de recyclage. Elle montre aussi qu'une stratégie hybride est souvent préférable et que la concurrence d'un remanufacturier indépendant, si elle réduit le profit du fabricant d'origine, augmente la quantité de produits réellement récupérés. Un enjeu concret pour l'industrie automobile européenne, sous pression du règlement batteries et de la révision de la directive sur les véhicules hors d'usage.
Quand un produit arrive en fin de vie, l'entreprise qui l'a fabriqué a rarement une seule bonne réponse. Le remettre à neuf — le remanufacturing — préserve la valeur ajoutée dans l'assemblage mais reste coûteux ; le recycler récupère la matière première à moindre frais mais détruit toute l'ingénierie du composant. Song Liu, Maud Van den Broeke et Tanja Mlinar, de l'IÉSEG School of Management, avec Stefan Creemers de l'UCLouvain, ont formalisé cet arbitrage dans un modèle d'optimisation publié en 2026 dans l'European Journal of Operational Research. Leur objectif : déterminer, en fonction de la structure de coûts d'un produit donné, la combinaison la plus rentable pour l'entreprise et la moins consommatrice de ressources.
Dix configurations de récupération, un arbitrage de coûts
Le modèle met en scène deux acteurs : le fabricant d'origine, ou OEM, et un remanufacturier indépendant qui lui fait concurrence sur le marché du produit reconditionné. Chacun décide du volume de produits usagés qu'il collecte. L'OEM répartit ensuite ce gisement entre remise à neuf, recyclage matière, ou une combinaison des deux. En faisant varier les coûts de production, de collecte, de recyclage et de remanufacturing, le rendement de la matière recyclée et la disposition des consommateurs à acheter du reconditionné, les auteurs isolent dix stratégies de récupération distinctes, chacune optimale dans une zone précise de ces paramètres.
Les ordres de grandeur expliquent pourquoi la question n'est jamais tranchée d'avance. Dans les batteries de véhicules électriques, remettre une batterie à neuf revient à environ 50 % du prix d'une batterie neuve, contre à peu près 20 % pour un recyclage des seuls matériaux. Le recyclage est donc moins cher, mais il efface la valeur de la cellule assemblée. À l'échelle mondiale, le remanufacturing ne pèse encore qu'environ 2 % de l'activité manufacturière, signe d'un gisement de valeur largement inexploité malgré des économies d'énergie et de matière vierge substantielles par rapport à une production neuve.
La concurrence pousse à collecter davantage
L'enseignement central porte sur l'effet de la concurrence. La présence d'un remanufacturier indépendant modifie les choix de l'OEM : un coût de collecte élevé rend la remise à neuf plus attractive pour les deux acteurs, parce qu'elle valorise mieux chaque unité récupérée. Surtout, la concurrence augmente le taux de collecte global des produits usagés — davantage d'objets sont détournés de l'enfouissement — même si elle réduit systématiquement le profit du fabricant d'origine. Ce qui pèse sur la marge de l'OEM peut donc bénéficier à l'environnement.
Les auteurs montrent également qu'une stratégie hybride, où remise à neuf et recyclage sont menés en parallèle, domine fréquemment les stratégies pures consistant à ne faire que l'un ou l'autre. La bonne répartition dépend du rendement matière du recyclage et de l'écart de coût entre les deux filières : plus le recyclage récupère efficacement les métaux critiques, plus il gagne du terrain face à la remise à neuf pour les unités les plus dégradées.
Un calendrier réglementaire qui rend l'arbitrage concret
Le sujet n'a rien de théorique pour l'industrie européenne. Le règlement batteries adopté en 2023 impose des taux de contenu recyclé croissants en cobalt, lithium et nickel dans les batteries neuves, et la révision de la directive sur les véhicules hors d'usage vise à durcir les obligations de recyclabilité et d'incorporation de matière recyclée. Les constructeurs structurent déjà des filières dédiées : Stellantis a monté des coentreprises de collecte et de recyclage de véhicules hors d'usage et affiche une nette progression de ses volumes de pièces récupérées entre 2022 et 2023.
L'apport du modèle est d'offrir une grille de décision plutôt qu'une recette unique : selon la structure de coûts d'un produit, il indique s'il faut privilégier la remise à neuf, le recyclage ou les deux, et comment l'arrivée d'un concurrent déplace cet optimum. Les auteurs reconnaissent les limites de l'exercice — un modèle stylisé, avec des hypothèses simplifiées sur la demande et un seul remanufacturier concurrent — mais il fournit aux directions industrielles comme aux régulateurs un cadre pour anticiper l'effet de leurs décisions sur les quantités de matière et de produits effectivement récupérées.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.