ATMO-INDEX
198 ARTICLES PUBLIÉS583 SOURCES PRIMAIRES CITÉESÉNERGIE EN TÊTE : 117 ARTICLESDERNIÈRE SYNTHÈSE : 16 septembreSYNTHÈSE HEBDO CHAQUE DIMANCHE — S'ABONNER198 ARTICLES PUBLIÉS583 SOURCES PRIMAIRES CITÉESÉNERGIE EN TÊTE : 117 ARTICLESDERNIÈRE SYNTHÈSE : 16 septembreSYNTHÈSE HEBDO CHAQUE DIMANCHE — S'ABONNER

Recycler ou remettre à neuf ? Des chercheurs européens modélisent la stratégie optimale

Quatre chercheurs de l'IÉSEG School of Management et de l'UCLouvain ont publié dans l'European Journal of Operational Research un modèle d'optimisation qui départage, secteur par secteur, le remanufacturing et le recyclage des produits usagés. Leur analyse identifie dix stratégies de récupération possibles selon les coûts de collecte, de remise à neuf et de recyclage. Elle montre aussi qu'une stratégie hybride est souvent préférable et que la concurrence d'un remanufacturier indépendant, si elle réduit le profit du fabricant d'origine, augmente la quantité de produits réellement récupérés. Un enjeu concret pour l'industrie automobile européenne, sous pression du règlement batteries et de la révision de la directive sur les véhicules hors d'usage.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
Lecture: 5 min
Partager
XINWA
a person sitting at a table with a laptop on it
MatériauxPhoto d'illustration : Newpowa /Unsplash

Quand un produit arrive en fin de vie, l'entreprise qui l'a fabriqué a rarement une seule bonne réponse. Le remettre à neuf — le remanufacturing — préserve la valeur ajoutée dans l'assemblage mais reste coûteux ; le recycler récupère la matière première à moindre frais mais détruit toute l'ingénierie du composant. Song Liu, Maud Van den Broeke et Tanja Mlinar, de l'IÉSEG School of Management, avec Stefan Creemers de l'UCLouvain, ont formalisé cet arbitrage dans un modèle d'optimisation publié en 2026 dans l'European Journal of Operational Research. Leur objectif : déterminer, en fonction de la structure de coûts d'un produit donné, la combinaison la plus rentable pour l'entreprise et la moins consommatrice de ressources.

Dix configurations de récupération, un arbitrage de coûts

Le modèle met en scène deux acteurs : le fabricant d'origine, ou OEM, et un remanufacturier indépendant qui lui fait concurrence sur le marché du produit reconditionné. Chacun décide du volume de produits usagés qu'il collecte. L'OEM répartit ensuite ce gisement entre remise à neuf, recyclage matière, ou une combinaison des deux. En faisant varier les coûts de production, de collecte, de recyclage et de remanufacturing, le rendement de la matière recyclée et la disposition des consommateurs à acheter du reconditionné, les auteurs isolent dix stratégies de récupération distinctes, chacune optimale dans une zone précise de ces paramètres.

Les ordres de grandeur expliquent pourquoi la question n'est jamais tranchée d'avance. Dans les batteries de véhicules électriques, remettre une batterie à neuf revient à environ 50 % du prix d'une batterie neuve, contre à peu près 20 % pour un recyclage des seuls matériaux. Le recyclage est donc moins cher, mais il efface la valeur de la cellule assemblée. À l'échelle mondiale, le remanufacturing ne pèse encore qu'environ 2 % de l'activité manufacturière, signe d'un gisement de valeur largement inexploité malgré des économies d'énergie et de matière vierge substantielles par rapport à une production neuve.

La concurrence pousse à collecter davantage

L'enseignement central porte sur l'effet de la concurrence. La présence d'un remanufacturier indépendant modifie les choix de l'OEM : un coût de collecte élevé rend la remise à neuf plus attractive pour les deux acteurs, parce qu'elle valorise mieux chaque unité récupérée. Surtout, la concurrence augmente le taux de collecte global des produits usagés — davantage d'objets sont détournés de l'enfouissement — même si elle réduit systématiquement le profit du fabricant d'origine. Ce qui pèse sur la marge de l'OEM peut donc bénéficier à l'environnement.

Les auteurs montrent également qu'une stratégie hybride, où remise à neuf et recyclage sont menés en parallèle, domine fréquemment les stratégies pures consistant à ne faire que l'un ou l'autre. La bonne répartition dépend du rendement matière du recyclage et de l'écart de coût entre les deux filières : plus le recyclage récupère efficacement les métaux critiques, plus il gagne du terrain face à la remise à neuf pour les unités les plus dégradées.

Un calendrier réglementaire qui rend l'arbitrage concret

Le sujet n'a rien de théorique pour l'industrie européenne. Le règlement batteries adopté en 2023 impose des taux de contenu recyclé croissants en cobalt, lithium et nickel dans les batteries neuves, et la révision de la directive sur les véhicules hors d'usage vise à durcir les obligations de recyclabilité et d'incorporation de matière recyclée. Les constructeurs structurent déjà des filières dédiées : Stellantis a monté des coentreprises de collecte et de recyclage de véhicules hors d'usage et affiche une nette progression de ses volumes de pièces récupérées entre 2022 et 2023.

L'apport du modèle est d'offrir une grille de décision plutôt qu'une recette unique : selon la structure de coûts d'un produit, il indique s'il faut privilégier la remise à neuf, le recyclage ou les deux, et comment l'arrivée d'un concurrent déplace cet optimum. Les auteurs reconnaissent les limites de l'exercice — un modèle stylisé, avec des hypothèses simplifiées sur la demande et un seul remanufacturier concurrent — mais il fournit aux directions industrielles comme aux régulateurs un cadre pour anticiper l'effet de leurs décisions sur les quantités de matière et de produits effectivement récupérées.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

Dans la même rubrique

a tree with purple flowers and a blue sky in the background
MatériauxPhoto d'illustration : Brittany Lee / Unsplash

Paulownia : l'arbre qui promettait dix fois plus de CO2 capté que le chêne, recadré par la science

Présenté sur les réseaux sociaux comme un arbre miracle absorbant jusqu'à dix fois plus de CO2 qu'un chêne, le paulownia a déjà séduit des investisseurs sur plus de 5 000 hectares en France. Mais une étude publiée en 2023 dans la revue Plants, People, Planet a démonté l'argument d'une photosynthèse plus performante, et les chiffres record avancés par les promoteurs de plantations mesurent une croissance maximale sur quelques années, pas une performance générale comparable à un chêne adulte. L'essence reste par ailleurs exclue du Label Bas Carbone français, le dispositif officiel de certification carbone.

Rédaction AtmoGreen Studio
16 sept. 2026
red and black car door
MatériauxPhoto d'illustration : myenergi / Unsplash

Batteries de voitures électriques : une étude portant sur 500 000 tests révèle les modèles qui vieillissent le mieux

Le spécialiste autrichien du diagnostic batterie Aviloo publie la première édition de son « Certified EV Battery Report », compilée à partir de plus de 500 000 tests réalisés sur 20 modèles entre 2022 et 2026. À 150 000 km, la Mercedes EQA, la Hyundai Ioniq 5 et la BMW i4 conservent plus de 93 % de leur capacité d'origine, loin devant les craintes habituelles sur l'usure des batteries. L'étude révèle surtout un écart pouvant atteindre 13,5 points entre deux exemplaires d'un même modèle, selon l'usage réel du véhicule.

Rédaction AtmoGreen Studio
4 sept. 2026
white table with black chairs
MatériauxPhoto d'illustration : MChe Lee / Unsplash

Canicule à l'école : pourquoi le bâti scolaire mise (aussi) sur la terre crue et le bois

Fin mai 2026, le ministère de l'Éducation nationale a publié sa première circulaire « vagues de chaleur », qui charge les collectivités de cartographier les établissements les plus exposés et de lancer des diagnostics de vulnérabilité du bâti. Mais le confort d'été d'une classe se joue autant sur la matière des murs que sur les climatiseurs : forte inertie thermique, ventilation traversante et protections solaires caractérisent les bâtiments qui tiennent le mieux, souvent les moins équipés. Des chantiers récents, de la médiathèque James-Baldwin à Paris à des écoles en terre crue compressée en Wallonie, montrent qu'une architecture bioclimatique peut rester habitable sans climatisation. Reste un second levier peu financé : la marge de manœuvre laissée aux équipes pour adapter au quotidien l'usage des locaux.

Rédaction AtmoGreen Studio
1 sept. 2026