ATMO-INDEX
234 ARTICLES PUBLIÉS689 SOURCES PRIMAIRES CITÉESÉNERGIE EN TÊTE : 141 ARTICLESDERNIÈRE SYNTHÈSE : 28 septembreSYNTHÈSE HEBDO CHAQUE DIMANCHE — S'ABONNER234 ARTICLES PUBLIÉS689 SOURCES PRIMAIRES CITÉESÉNERGIE EN TÊTE : 141 ARTICLESDERNIÈRE SYNTHÈSE : 28 septembreSYNTHÈSE HEBDO CHAQUE DIMANCHE — S'ABONNER

Biocarburants avancés : comment la France veut rouler et voler sans concurrencer l'assiette

Les biocarburants de première génération, tirés du colza, du maïs ou du blé, se heurtent à un plafond européen de 7 % à cause de la concurrence avec l'alimentation. La directive RED III mise désormais sur les biocarburants dits avancés, fabriqués à partir de pailles, de résidus forestiers ou de déchets, avec un objectif d'au moins 5,5 % en 2030. En France, deux bioraffineries basées sur des procédés de l'IFPEN, NACRE et BioTJet, sont en préparation sur le bassin de Lacq. L'enjeu est de passer d'une technologie déjà démontrée à une production industrielle, avec des investissements de 500 millions à 1,5 milliard d'euros par usine.

Par Rédaction AtmoGreen Studio
••Lecture: 5 min
Partager
XINWA
brown field under blue sky during daytime
ÉnergiePhoto d'illustration : Léon McGregor /Unsplash

Les transports représentent environ 34 % des émissions de gaz à effet de serre de la France. Pour les réduire, l'électrification ne suffira pas à elle seule, surtout pour l'aviation, le transport maritime et une partie du fret routier. Les biocarburants restent donc un levier important, à côté des moteurs électriques et des électrocarburants. Dans un texte publié par The Conversation, Jean-Philippe Héraud, responsable de programmes biocarburants à l'IFP Énergies nouvelles (IFPEN), rappelle la limite de ce levier : la ressource agricole qu'il consomme.

Une première génération adossée au colza, au maïs et au blé

En 2025, la France a incorporé environ 1,6 million de tonnes de biocarburants dans l'essence et 2,7 millions de tonnes dans le gazole, pour une consommation totale de 11,7 millions de tonnes d'essence et 27 millions de tonnes de gazole. Selon l'IFPEN, l'éthanol provient surtout du maïs (40 %), du blé (18 %), de la betterave (8 %) et de la canne à sucre (4 %). Environ la moitié de ces ressources est cultivée en France. Côté gazole, 75 % des esters méthyliques d'acide gras (EMAG, le biodiesel) sont produits à partir de colza. Ces carburants de première génération réduisent les émissions d'environ 70 % par rapport à leur équivalent fossile. En revanche, ils utilisent des terres et des récoltes qui pourraient nourrir les humains ou le bétail.

C'est pourquoi le droit européen encadre leur usage. La directive sur les énergies renouvelables, dans sa version révisée RED III, limite à 7 % de la consommation d'énergie des transports la part des biocarburants issus de cultures alimentaires ou fourragères. Pour aller plus loin sans aggraver cette concurrence, il faut changer de matière première.

Pailles, écorces, déchets : les ressources des biocarburants avancés

L'annexe IX, partie A, de la directive RED III dresse la liste des matières premières autorisées pour les biocarburants dits avancés : fraction biodégradable des déchets municipaux et industriels, pailles, coques et résidus sylvicoles (écorces, branches, éclaircies précommerciales). Pour 2030, l'Union fixe un objectif combiné d'au moins 5,5 % de biocarburants avancés et de carburants renouvelables d'origine non biologique dans les transports, dont au moins 1 % de carburants de synthèse. Les gains climatiques sont plus élevés qu'avec la première génération : l'IFPEN estime la baisse des émissions à 85-90 % par rapport aux carburants fossiles. Au niveau national, la France vise une réduction de 14,5 % des émissions des transports en 2030 par rapport à 1990.

La difficulté est surtout technique. La biomasse lignocellulosique (tiges, bois, pailles) est beaucoup plus difficile à transformer que le sucre ou l'huile. Il faut soit séparer et fermenter la cellulose, soit gazéifier la matière avant de reconstruire des molécules de carburant. L'IFPEN a mis au point trois procédés, commercialisés par sa filiale Axens : Futurol pour l'éthanol avancé, BioTfueL pour le kérosène et le gazole par gazéification et synthèse Fischer-Tropsch, et Jetanol pour transformer l'éthanol en kérosène.

Deux projets industriels sur le bassin de Lacq

Le premier, NACRE, serait la première bioraffinerie française fondée sur la technologie Futurol. Elle vise environ 30 000 tonnes de bioéthanol par an, ainsi que du biométhane, du CO2 biogénique et de la lignine comme coproduits. Le projet a fait l'objet d'une enquête publique pour son autorisation environnementale du 6 janvier au 6 février 2026, organisée par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. Il s'agit d'une installation classée Seveso seuil bas. Le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable.

Le second, BioTJet, a été annoncé en juin 2023 par Elyse Energy, Avril, Axens, Bionext et l'IFPEN. Il est prévu sur l'ancien site de Yara, à Lacq. L'usine doit produire 110 000 tonnes par an : 75 000 tonnes de biokérosène pour l'aviation et 35 000 tonnes de naphta pour le transport routier et la chimie. Sa particularité consiste à ajouter de l'hydrogène bas carbone au procédé BioTfueL, ce qui permet de doubler la quantité de carburant obtenue à partir d'une même quantité de biomasse. Au moment de l'annonce, les partenaires visaient une mise en service en 2028 et une baisse d'au moins 70 % des émissions sur le cycle de vie par rapport au kérosène fossile.

« La technologie BioTfueL® est le fruit d'un partenariat de recherche intense de dix ans. » — Pierre-Franck Chevet, PDG d'IFP Énergies nouvelles, lors de l'annonce de BioTJet

Reste l'étape la plus difficile : l'industrialisation. Selon l'IFPEN, une seule unité de production coûte entre 500 millions et 1,5 milliard d'euros. Il faut aussi organiser la collecte de résidus agricoles et forestiers dispersés sur le territoire, sans appauvrir les sols. Le choix de ces filières dépendra de la stabilité des obligations d'incorporation européennes. Leur réussite se mesurera aux premières tonnes produites en France, qui pourraient faire des déchets agricoles et forestiers une ressource pour les transports.

A

Rédaction AtmoGreen Studio

Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.

Quiz du jour

Dans la même rubrique

a man in a suit is pumping gas into a car
ÉnergiePhoto d'illustration : JUICE / Unsplash

Geely promet une recharge 10-70 % en 4 min 30 grâce à l'IA, sans user la batterie

Le groupe chinois Geely a présenté à Ningbo un système de recharge ultra-rapide piloté par un modèle d'IA, capable selon lui de faire passer une batterie de 10 à 70 % en 4 minutes 30 sur des bornes de 2 250 kW. Sa promesse la plus originale porte sur la santé de la batterie : des micro-impulsions de courant limiteraient les dégâts de la recharge rapide et ajouteraient jusqu'à 20 % de cycles de vie. Aucun essai indépendant n'a encore confirmé ces chiffres. Pour l'Europe, l'enjeu est concret : Geely possède Volvo, Polestar, Zeekr et Lynk & Co, et sa course contre BYD fixe la barre de la recharge ultra-rapide bien au-delà des 350 à 400 kW des réseaux européens actuels.

Rédaction AtmoGreen Studio
28 sept. 2026
a car being built in a large factory
ÉnergiePhoto d'illustration : Martin Geiger / Unsplash

Renault Douai repasse en 3x8 : la R5 électrique pousse l'usine vers 1 200 véhicules par jour

L'usine Renault de Douai, cœur du pôle ElectriCity dans les Hauts-de-France, repasse en organisation 3x8 pour suivre la demande de Renault 5 électrique. 350 intérimaires supplémentaires viennent compléter l'équipe de nuit, relancée à mi-cadence en juillet. L'objectif est d'atteindre environ 1 200 véhicules par jour dès septembre 2026. C'est un signe concret que la production de voitures électriques compactes en Europe peut remplir des chaînes françaises, à condition que le produit et le prix suivent.

Rédaction AtmoGreen Studio
27 sept. 2026
a car parked in front of a red building
ÉnergiePhoto d'illustration : YRKA PICTURED / Unsplash

Mondial de l'Auto 2026 : l'électrique abordable et les marques chinoises au cœur du salon de Paris

Du 12 au 18 octobre 2026, le Mondial de l'Auto réunit plus de 60 constructeurs à Paris Expo Porte de Versailles, contre 48 en 2024. Stellantis et Renault Group y occupent chacun plus de 5 000 m² et misent sur des concept-cars et l'électrification de leurs gammes. Plus de vingt marques chinoises seront présentes, deux fois plus qu'il y a deux ans. Au programme : des citadines et des SUV électriques plus accessibles, qui montrent le positionnement de l'industrie européenne face à la concurrence asiatique.

Rédaction AtmoGreen Studio
26 sept. 2026