Heures creuses : le piège des appareils programmés à heure fixe
Décidée par la CRE et déployée par Enedis, la refonte des heures creuses déplace une partie des 8 heures quotidiennes vers l'après-midi, quand le solaire produit le plus. Environ 11 millions de clients seront concernés d'ici fin 2027, dont une nouvelle vague entre le 4 novembre 2026 et le 30 novembre 2027. Le ballon d'eau chaude raccordé au contact heures creuses suit automatiquement, mais les appareils réglés sur une heure fixe peuvent basculer en heures pleines.
Pendant des décennies, les heures creuses ont été synonymes de nuit : on programmait le ballon d'eau chaude, le lave-linge ou la recharge de la voiture pour profiter d'un kilowattheure moins cher quand la demande était faible. Cette logique est en train de changer. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a décidé de redessiner les plages horaires, et Enedis, gestionnaire du réseau, les applique progressivement compteur par compteur, à distance, grâce au Linky.
Ce qui change concrètement
Le principe de base ne bouge pas : la journée reste découpée en 16 heures pleines et 8 heures creuses. Ce sont leur répartition et leur placement qui évoluent. Les clients conservent au moins 5 heures creuses consécutives au cœur de la nuit, et peuvent obtenir jusqu'à 3 heures creuses l'après-midi, entre 11 h et 17 h. Les plages jugées mal placées, notamment en matinée (7 h-11 h) et en soirée (17 h-23 h), disparaissent.
La réforme est saisonnalisée. Du 1er avril au 31 octobre, au moins deux heures creuses doivent tomber entre 11 h et 17 h pour les clients dont les plages sont modifiées. Du 1er novembre au 31 mars, les huit heures peuvent être regroupées la nuit, par exemple de 23 h à 7 h, avec parfois une plage l'après-midi. Une plage fixée à 20 h en hiver ne retrouvera donc pas sa place six mois plus tard.
Pourquoi : le solaire et l'équilibre du réseau
La CRE explique vouloir mettre en adéquation ces heures creuses avec les enjeux du réseau et de l'équilibre offre-demande. Le développement rapide du photovoltaïque, y compris en toiture, crée un surplus d'électricité bon marché en milieu de journée, surtout l'été, tandis que le télétravail et les usages programmables modifient les courbes de consommation. Déplacer une partie de la consommation flexible vers l'après-midi permet de mieux absorber cette production plutôt que de la voir écrêtée. Il ne s'agit pas de consommer davantage, mais de déplacer les usages qui peuvent l'être.
Avant la réforme, selon la CRE, environ 8,8 millions de clients (60 %) avaient des heures creuses uniquement nocturnes et 5,7 millions (40 %) combinaient nuit et journée. Après le déploiement, environ 13,1 millions auraient deux périodes creuses, l'une l'après-midi et l'autre au cœur de la nuit, au moins l'été, et 1,4 million conserveraient un schéma strictement nocturne.
Un déploiement jusqu'à fin 2027
Sur 14,5 millions de contrats heures pleines/heures creuses, tous fournisseurs confondus, environ 3,5 millions sont déjà conformes. Il reste donc environ 11 millions de clients concernés. Les nouvelles plages sont attribuées de façon échelonnée depuis le 1er novembre 2025 : les clients qui ont reçu de nouveaux horaires entre novembre 2025 et mai 2026 les conservent, et les autres seront basculés entre le 4 novembre 2026 et le 30 novembre 2027, selon le calendrier indiqué par EDF. Les nouveaux clients EDF qui souscrivent l'option depuis le 6 octobre 2026 reçoivent d'emblée des plages saisonnalisées. L'option Tempo, la Corse et l'outre-mer sont exclus.
Enedis transmet les nouvelles plages aux fournisseurs six mois avant chaque mise à jour, et ces derniers doivent prévenir chaque client au moins un mois avant le changement. Les plages ne s'affichent pas directement sur l'écran du compteur : il faut consulter la facture, l'espace client ou le message du fournisseur.
Le piège des programmateurs
Un chauffe-eau correctement raccordé au contact heures creuses suit automatiquement les nouvelles plages, sans reprogrammation : il pourrait donc se mettre à chauffer à l'heure du déjeuner, au moment où la production photovoltaïque augmente. Le risque concerne plutôt les appareils réglés sur une heure fixe, comme un lave-linge, un lave-vaisselle ou une borne de recharge programmée à 22 h : si la plage creuse a été déplacée, leur consommation peut tomber en heures pleines, au tarif plein.
La réforme ne modifie pas en elle-même l'écart de prix entre heures pleines et creuses, et aucun surcoût chiffré ne vaut pour tous les foyers : tout dépend du contrat et des usages. Le réflexe utile consiste à vérifier ses nouveaux horaires dès réception de l'avertissement du fournisseur, puis à recaler les programmateurs. La CRE envisage par ailleurs d'augmenter encore la part d'heures creuses l'après-midi une fois ce chantier achevé, signe que la tarification devient un outil de pilotage de la flexibilité de la demande, au même titre que les batteries ou le pilotage intelligent.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.