Nio et Geely s'allient sur l'échange de batterie : un standard chinois commun, et quelle place pour l'Europe ?
Le 28 septembre 2026, le groupe Geely a signé un accord pour prendre 30 % de Nio Power, la branche recharge et échange de batterie de Nio. L'opération valorise l'entité autour de 16 milliards de yuans. Les deux groupes veulent mettre au point un standard commun d'échange de batterie et mettre en commun leurs réseaux de recharge en Chine. Pour l'Europe, où Geely contrôle Volvo, Polestar ou Zeekr et où Nio a vu son réseau d'échange ralentir, l'accord donne à cette technologie une taille industrielle qui lui manquait jusqu'ici.
L'échange de batterie a longtemps été une spécialité de Nio. Le constructeur chinois a construit presque seul un réseau de stations automatisées où l'on remplace en quelques minutes une batterie vide par une batterie pleine. Avec l'accord annoncé le 28 septembre 2026 à Hangzhou, ce modèle obtient pour la première fois le soutien d'un des plus grands groupes automobiles du monde. Nio l'a officialisé le jour même dans un formulaire 6-K déposé auprès de la SEC, le régulateur boursier américain, et Geely l'a confirmé dans un communiqué.
Une prise de participation de 30 % dans Nio Power
L'accord passe par un échange d'actifs plus qu'un gros chèque. Une filiale de Zhejiang Geely Holding Group apporte 100 % de Yiyi Internet Technology, sa filiale d'échange de batterie destinée aux flottes commerciales (VTC, taxis), ainsi que 640 millions de yuans en numéraire. En échange, elle reçoit des actions nouvelles de Nio Energy Investment, la structure qui porte Nio Power. Une fois l'opération réalisée, Geely détiendra 30 % du capital. Nio en gardera 63,6 %, et un investisseur existant les 6,4 % restants. Selon le dépôt de Nio, l'opération valorise l'entité autour de 16 milliards de yuans après l'augmentation de capital.
Le montage prévoit deux mécanismes d'ajustement. La part de Geely pourra être ramenée jusqu'à 20 % si certains objectifs opérationnels ne sont pas atteints après la conclusion de l'accord. À l'inverse, Geely dispose d'une option pour investir 640 millions de yuans supplémentaires dans les deux ans, ou avant le prochain tour de financement, ce qui porterait sa part jusqu'à 34 %. L'opération dépend encore des autorisations réglementaires et des conditions habituelles de réalisation.
Des participations croisées et un standard technique commun
L'accord va dans les deux sens. Nio prend 10 % de Zhejiang Haohan Energy, la filiale de recharge de Geely. Cette participation est payée avec le produit de la cession à Haohan de certains actifs de recharge de Nio. Les deux groupes annoncent aussi l'interconnexion complète de leurs réseaux de recharge, pour étendre la couverture et réduire les coûts d'exploitation.
Le point le plus structurant est technique. Nio et Geely vont développer ensemble des technologies et des standards d'échange de batterie unifiés pour les véhicules des particuliers. Geely concevra des modèles grand public compatibles, et Nio Power fournira le service d'échange. Le dépôt SEC reste prudent sur ce point : il parle de « plans préliminaires » pour que des entités de Geely adoptent la technologie de Nio, sous réserve de discussions ultérieures. Les deux groupes avaient déjà coopéré sur l'échange de batterie en 2023. Cette fois, ils s'associent au capital.
C'est ce qui manquait au modèle. Une station d'échange n'est rentable que si beaucoup de véhicules compatibles l'utilisent. Tant que seules les voitures Nio pouvaient s'y servir, chaque nouvelle station représentait un pari coûteux. Avec les volumes de Geely, et en ajoutant l'activité de flottes commerciales de Yiyi, Nio Power peut espérer mieux amortir un réseau que la presse spécialisée estime à plus de 4 000 stations en Chine.
En Europe, un réseau à l'arrêt et un partenaire qui mise sur la charge rapide
Les communiqués officiels ne parlent pas de l'Europe, et c'est significatif. Nio exploite sur le continent une soixantaine de stations d'échange dans six pays, surtout en Norvège et en Allemagne. Mais le déploiement européen a nettement ralenti : selon la presse spécialisée, aucune nouvelle ouverture n'est prévue en Europe en 2026, et les ventes de la marque y restent modestes. Automobile Propre note aussi que la stratégie européenne de Geely repose d'abord sur la charge rapide, pas sur l'échange de batterie.
L'accord mérite pourtant d'être suivi depuis la France. Geely possède Volvo, Polestar, Lotus, Zeekr et une partie de Smart, des marques déjà vendues en Europe. Si un standard d'échange commun à Nio et Geely s'impose en Chine sur des millions de véhicules, sa compatibilité avec les modèles exportés deviendra une vraie question industrielle. Il ne s'agit pas d'un basculement à court terme : aucun calendrier ni aucun modèle européen n'est annoncé. En revanche, l'échange de batterie a désormais le poids industriel pour faire partie de l'offre de recharge, là où il n'était jusqu'ici le pari que d'un seul constructeur.
Rédaction AtmoGreen Studio
Synthèse rédigée à partir des sources primaires citées ci-dessous — communiqués officiels, études et dépôts réglementaires plutôt que la reformulation d'une dépêche.
Sources primaires
- https://www.sec.gov/Archives/edgar/data/0001736541/000110465926111125/tm2626448d1_ex99-1.htm
- https://newsroom.geely.com/geely-holding-group-nio-cooperation-battery-swapping-charging
- https://autonews.gasgoo.com/articles/ev/nio-geely-form-charging-and-battery-swap-alliance-through-cross-investments-2104502600522489857